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Présumé Jean Moulin / Jacques Baynac

 

Edmée Delettraz : diffamée depuis 60 ans ! de Nicolas Bernard le dimanche 11 mars 2007 à 21h57

Témoignage accablant pour René Hardy que celui d'Edmée Delettraz. Ne l'a-t-elle pas vu en compagnie de gestapistes au QG du SD de Lyon, quelques heures avant la rafle de Caluire ? N'a-t-elle pas reçu confirmation par des sbires de Barbie qu'il travaillait pour ce dernier ? Ne l'a-t-elle pas suivi dans les rues de Caluire avec son consentement ? De surcroît, les attestations de Délettraz conduiront le traître... à se trahir de nouveau, après la guerre, lorsque viendra l'heure de ses procès.

Elle sera le paratonnerre de toutes les haines des défenseurs de René Hardy. "La femme Deletraz espionne aux gages de l'ennemi", dira Maître Maurice Garçon, l'avocat du traître (Plaidoyer de René Hardy, Fayard, 1950, p. 118). "Nouvelle conquête" de l'agent nazi Robert Moog, selon Jacques Baynac (PJM, p. 726), doté d'un solide "talent de comédienne" auquel elle "ajoutera plus tard un répertoire étendu de mensonges", notamment afin de "salir la mémoire de sa victime" Bertie Albrecht (PJM, p. 728). Jacques Baynac ajoute : "Instruit de son aptitude au mensonge par les affaires auxquelles elle a été mêlée, et notamment par son rôle dans la capture de Berty Albrecht, on ne saurait évidemment prendre pour argent comptant ses déclarations à géométrie très variable" (PJM, p. 842). Elle aurait dénoncé Hardy sur ordre du SD (Garçon, op. cit., p. 118-119), ou par "haine", afin de se couvrir (PJM, p. 842)

Et pourtant ! La vérité est toute autre. Edmée Delettraz a été une grande Résistante. Arrêtée par le SD, elle n'en restera pas moins fidèle à son réseau, et, au lieu de se cacher, obéira aux ordres de ses supérieurs lui imposant de rester au service des nazis pour mieux les piéger. C'est dans ce contexte que doivent s'apprécier les missions qu'elle effectuera pour l'occupant. A cet égard, son implication dans l'arrestation de Bertie Albrecht ne doit pas être surestimée. Et surtout - surtout - son témoignage dénonçant Hardy est incontestable, et amènera ce dernier à faire appel à un faux témoin pour la discréditer.

Qui donc est Edmée Delettraz ? Citons Jacques Baynac, dont il sera à nouveau beaucoup question ici : "D'origine belge, domiciliée à Annemasse, elle travaillait depuis 1940 avec le vice-consul britannique à Genève, Victor Farrell, un homme de Claude Dansey. Egalement employée par le réseau de Groussard, elle appartenait aussi au réseau Pat O'Leary, pseudo du médecin belge Albert Guérisse, un autre homme de Dansey, au service de Serge, du 2e Bureau français, au réseau policier Ajax, et était aussi au mieux avec le service de renseignement helvétique, grâce à l'aide duquel elle avait fait passer en Suisse des fugitifs, agents, juifs, résistants." (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, Seuil, 1998, p. 216)

Curieusement, Jacques Baynac ne fera plus mention du rôle de "passeuse" d'Edmée Delettraz dans son PJM (p. 637), alors qu'une telle activité était punie de mort. Peut-être parce que son sauvetage de réfugiés juifs et d'agents opposés aux forces de l'Axe colle mal avec l'ignoble portrait de collaboratrice perverse qu'il compte lui réserver dans les pages suivantes ?

Mais je m'aventure, et m'éloigne du sujet. Or donc, Edmée Delettraz est arrêtée à Lyon le 16 avril 1943 par l'agent de l'Abwehr Robert Moog (prêté à Klaus Barbie). Elle possède certes un alibi : son séjour lyonnais est motivé par son désir de se rendre au chevet de sa soeur cancéreuse. Une perquisition effectuée à son domicile d'Annemasse ne donne rien. Le 17 avril, elle repart libre.

Toutefois, il faut signaler que, selon Jacques Baynac, qui se fonde sur une déposition d'Edmée Delettraz en date du 14 décembre 1944, cette dernière ne pouvait convaincre Barbie de son innocence, étant donné qu'elle était en possession de plis secrets (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 216). Détail ? Certainement pas.

Et pour cause. Son retour à Annemasse le 17 avril correspond à l'arrestation en sa présence d'un de ses supérieurs, André Devigny, par Robert Moog, décidément partout. Devigny a-t-il été livré par Delettraz ? Par malheur pour les contempteurs de cette dernière, le principal intéressé, à savoir Devigny lui-même, le niera en bloc. Il est possible que Moog ait filé Delettraz à son insu : hypothèse bien plus vraisemblable, car le courage de cette femme ne pouvant être mis en cause, il est absolument incompréhensible qu'une seule et unique nuit au siège du SD de Lyon suffise à lui faire changer de camp. La filature de Delettraz et l'arrestation de Devigny résulteraient ainsi d'une intuition de Moog ou de Barbie, et l'on sait à quel point ces deux là pouvaient fonctionner à l'intuition : 7 semaines plus tard, le premier arrêtera Hardy vaguement reconnu par le traître Multon dans un train, et le second se déplacera en personne pour venir l'embarquer, sentant probablement que la prise a été grosse.

Reste que le SD a ordonné à Delettraz de se rendre à son QG lyonnais une fois par semaine. A en croire cette dernière, elle se serait rendue à Genève pour faire son rapport au colonel Groussard (Paul Dreyfus, "Un oeil à l'intérieur de la Gestapo de Lyon", Le Dauphiné Libéré, 5 juillet 1984) - même si ce dernier ne mentionne pas cette visite dans un témoignage de 1948 (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 217), ce qui ne prouve rien. En tout état de cause, Delettraz, plus ou moins "grillée", pourrait rester en Suisse. Elle n'en fait rien. Pourquoi ? Parce que Groussard, s'inspirant des méthodes de Dansey en matière d'agent-triple, lui donne l'ordre formel de rester en contact avec le SD. Non sans une évidente réticence, elle s'exécute et retourne en France.

Jusqu'où est allée cette infiltration ? J'ai souvent lu qu'Edmée Delettraz était devenue la maîtresse de Robert Moog. A bien y réfléchir, sur quoi se base l'affirmation ? Le témoignage de Moog ? Non. Un aveu de Delettraz ? Non plus. Un document quelconque ? Pas davantage. En fait, l'allégation a été proférée au cours du second procès Hardy par Maître Garçon, lequel se basait sur le témoignage d'un sbire de Klaus Barbie, René Saumande, datant de 1949 (soit six ans après les faits) et qu'il a peut-être un peu trop sollicité. Que disait Saumande ? "Je ne l'ai vue [Delettraz] que dans la chambre de Moog." (cité in Jacques Baynac, Les secrets de l'affaire Jean Moulin, Seuil, 1998, p. 217)

Et c'est tout. De tous les sbires de Barbie, un seul, Saumande, et ce six ans plus tard, révèle un détail qui, en soi, peut revêtir plusieurs explications différentes.

Voilà d'où se diffuse l'affirmation de cette collaboration à l'horizontale. Laquelle, au demeurant, ne saurait tromper personne. Les cas d'espionnage sexuel ne manquent pas. A supposer que Delettraz ait effectivement été la maîtresse de Moog, c'est plutôt ce dernier qui, en l'occurrence, prenait des risques, puisque susceptible de confier sur l'oreiller des secrets sur ses services qui ne manqueraient pas d'être signalés au réseau Groussard. En tout état de cause, cet outil de discrédit n'est pas sérieux.

Indéniable, en revanche, est l'implication d'Edmée Delettraz dans l'arrestation de Bertie Albrecht, proche collaboratrice d'Henri Frenay, patron du réseau COMBAT, le 28 mai 1943 (cf. PJM, p. 727). Mais il faut se garder de la surestimer. Il n'est pas prouvé qu'elle croyait avoir affaire à une ponte de la Résistance. Au cours de l'instruction du second procès Hardy, elle révèle que Barbie lui a fait croire qu'Albrecht était un agent allemand, ce qui devait l'amener à participer plus volontiers à la mise en oeuvre de ce qu'elle ne supposait pas être un piège (voir PJM, p. 728 - Jacques Baynac, à ce propos, écrit qu'Edmée Delettraz cherche à salir la mémoire d'Albrecht pour mieux se justifier, mais cite peut-être ses propos hors contexte, comme il l'a d'ailleurs fait pour d'autres témoins en maintes occasions).

Comme l'a révélé le traître Multon, Edmée Delettraz s'est contentée de porter une lettre de contact à l'hôtel de Bourgogne à Mâcon, où devait l'attendre Bertie Albrecht. Cette dernière étant absente, la lettre sera laissée sur place, amenant en réponse, quelques jours plus tard, un télégramme fixant rendez-vous au square en face de l'hôtel pour le 28 mai (ibid.). Edmée Delettraz, en la circonstance, s'est bornée à un rôle de factrice, et n'a pas lu ce courrier.

En toute innocence et sans se douter du piège, Edmée Delettraz rencontre donc Bertie Albrecht au lieu convenu, laquelle est en conséquence arrêtée très rapidement. Elle réalise alors que Barbie lui a menti, que ce contact était en fait une authentique Résistante. Le choc est tel qu'un gardien de la paix, Jean Tramoni, s'en souviendra encore des années plus tard : "La seconde femme avait quitté le square ; je l'ai rejointe, je lui ai demandé ce qui s'était passé. Elle avait l'air effondrée, balbutiant : "Mon Dieu, mon Dieu... ce sont les Allemands..." Je lui ai demandé si elle était d'ici, et elle m'a dit que non, elle est partie vers le centre-ville." (PJM, p. 728)

A propos du témoignage de Tramoni, Jacques Baynac use à nouveau de la citation hors-contexte. Il en déduit abusivement qu'Edmée Delettraz joue la comédie, alors qu'on se demande bien quel intérêt elle aurait à intoxiquer... un banal gardien de la paix de 20 ans ! Là encore, l'argumentation de Jacques Baynac manque de sérieux. Il est ici évident qu'Edmée Delettraz est dévorée par le remords.

L'intoxication dont elle aurait été victime expliquerait également, en l'espèce, le rôle de Groussard, lequel n'aurait point sacrifié Albrecht, mais aurait même cru pouvoir identifier un autre traître que Multon.

Ou alors convient-il de se ranger à la thèse du sacrifice délibéré. René Claude écrit, à ce propos : "Résumé brutalement, Groussard aurait laissé Barbie arrêter Bertie Albrecht pour asseoir la crédibilité de son agente double E. Delétraz ? Difficile à croire..." Mais pas impossible. Groussard, en lui-même, n'avait rien à perdre dans l'histoire. René Claude ajoute que "les chefs des services secrets britanniques étaient des décideurs qui montaient des opérations sur un plan stratégique global contre les forces de l'Axe en accord avec Winston Churchill ("Mettez le feu à l'Europe"). Edmée Delétraz, elle, n'était qu'une agente de réseau qui exécutait les missions de son/ses supérieur(s) Groussard et Barbie." N'empêche que dans les deux cas, il s'agit d'utiliser au mieux les agents à sa disposition, quitte à commettre quelques sacrifices.

En d'autres termes, l'affaire Bertie Albrecht ne saurait remettre en cause le statut d'agent triple d'Edmée Delettraz. Si d'ailleurs cette dernière avait juré fidélité à Barbie et Moog, on se demande bien pourquoi elle s'efforcera de saboter leurs plans un certain 21 juin 1943, fait absolument incontestable sur lequel je reviendrai plus tard.

Ce dernier détail n'a pas empêché certains de l'accuser d'être un agent allemand. Maître Maurice Garçon l'accablera de son mépris à la barre, au cours du second procès Hardy, et réussira si bien, à coups de mensonges, d'omissions et d'insultes, à circonvenir le Président de la Cour que ce dernier... se retrouvera à deux doigts de la faire arrêter à l'audience ! Une information judiciaire sera ouverte contre Edmée Delettraz. Son résultat ? Evidemment un non-lieu (Henri Noguères, La vérité aura le dernier mot, 1985, p. 133-134). Qu'un avocat aussi talentueux que Maître Garçon, aussi grand historien aussi (ses travaux sur l'affaire Louis XVII font autorité), se vautre ainsi dans la boue pour sauver un client douteux, voilà qui n'est guère déontologique... et en tout cas guère à l'honneur du Barreau.

Soyons juste, néanmoins. Peut-être Maître Garçon a-t-il, ici, été la dupe de René Hardy. Et ce n'est pas la première fois : en 1947, il avait basé tout son talentueux - et victorieux - plaidoyer sur un mensonge éhonté de son client, à savoir qu'il n'avait jamais été arrêté par l'ennemi. Mais la vérité avait été révélée par un document écrit et incontestable peu après l'acquittement. L'avocat, écoeuré, avait renoncé à défendre Hardy par la suite. Comme il l'avouera en 1950 : "J'ai cru Hardy coupable !" Mais il finira par changer d'avis.

En 1950, il a un motif de récusation du témoignage de Delettraz. Cette dernière prétend avoir vu Hardy, alias "Didot", au QG de la Gestapo lyonnaise quelques heures avant la rafle de Caluire ? Im-pos-sible ! Un témoin, Roger Bossé, l'ancien agent de liaison de René Hardy, et héros de la Résistance qui survivra miraculeusement au peloton d'exécution, certifie au contraire qu'il déjeunait avec Hardy à la même heure ! Entre le survivant héroïque et l'agent "multiple", le choix de l'avocat est évidemment déjà fait.

Oui, mais... La vérité a eu le dernier mot, pour citer Henri Noguères. Et la vérité a été révélée par René Hardy en personne. Au réalisateur d'un documentaire, Claude Bal, il aura cette phrase terrible, des décennies plus tard : "Bossé a fait un faux témoignage ? Eh bien, c'est un copain. Un copain qui ment pour te sortir d'un mauvais coup, c'est un gars bien !" (cité in Noguères, La vérité aura le dernier mot, Seuil, 1985, p. 135)

Cette déposition de Roger Bossé était donc un coup monté. Une manoeuvre de René Hardy pour discréditer un témoin qui, par sa faute, sera diffamée et injuriée en audience, menacée d'arrestation, et victime d'une ouverture d'information judiciaire qui, fort heureusement, s'achèvera par un non-lieu.

Ce coup monté prouve également un fait : René Hardy ne possédait pas le moindre alibi pour l'heure à laquelle Edmée Delettraz le situait au QG du SD. Ce mensonge destiné à couvrir une lacune aussi grave constitue une autre preuve, décisive là encore, de son évidente culpabilité.

Jacques Baynac reconnaît que Delettraz participe à la filature de René Hardy (p. 841-846), tout en s'efforçant de démontrer, non sans incohérences, que le SD connaissait le lieu de la réunion dès le matin du 21 juin, sinon avant, là encore en sélectionnant les témoignages (ou même les passages de témoignages) pour retenir ce qui l'arrange, sans vérifier si certaines de ces déclarations ne résultent pas d'erreurs mémorielles bien compréhensibles au demeurant, voire de mensonges purs et simples. Ce point nécessiterait de longs développements, mais il est déjà bien tard.

Car il y a, pour ce qui concerne Edmée Delettraz, plus important : elle a tenté d'alerter la Résistance ! Jacques Baynac est bien obligé de le reconnaître... en 1998 : "De ses déclarations paraît résulter qu'elle avait profité du trajet entre les deux bases de la Gestapo pour donner l'alerte. L'enquête, assz minutieusement menée pour qu'on vérifiât même la durée du parcours de ce qu'elle affirmait avoir fait, a établi la réalité de la démarche de Delétraz. Du reste, elle a littéralement inondé Lyon de ses avertissements, non seulement dans la matinée, mais aussi vers midi, et encore le soir." (Les secrets de l'affaire Jean Moulin, op. cit., p. 379) De nombreux témoignages appuient cette version. Edmée Delettraz, très courageusement, déposera un message d'alerte pour son chef, Jean Cambus, avenue de Saxe, contacte le colonel de Labrosse (ou La Brosse), de l'Armée secrète, à la Croix-Rouge française, puis Mme Richard, qui assure la liaison entre le réseau Gallia et le service de renseignements de l'armée (Paul Dreyfus, "Trois fois, la Résistance fut alertée... mais les messages arrivèrent trop tard", Le Dauphiné Libéré, 7 juillet 1984).

Ces actions apportent deux preuves. La première, celle de l'appartenance d'Edmée Delettraz à la Résistance. La seconde, celle de son courage.

Mais les défenseurs de René Hardy ne vont pas l'entendre de cette oreille.

Maîte Maurice Garçon osera avancer cette explication, où la stupidité crasse le dispute à la calomnie : "Barbie espérait que, ce faisant, elle ferait abattre [Hardy] par ses propres amis." (, op. cit., p. 119). Eh oui ! Barbie est si obsédé par sa (prétendue) haine de René Hardy que le voici prêt... à saboter toute l'opération en en révélant les détails à la Résistance ! Cet avocat, académicien de surcroît, croyait-il vraiment à pareille ineptie ?

Jacques Baynac, soixante ans plus tard, nuance le propos. Selon lui, Edmée Delettraz aurait cherché à faire abattre Hardy pour deux motifs. Premièrement, garantir sa propre sécurité : Hardy l'a vue au QG du SD, et pourra témoigner de sa trahison (PJM, p. 842). Mais il lui suffirait d'invoquer en cas de pépin ses supérieurs du réseau Groussard ! Qui plus est, on peut se demander quel est son intérêt de persister dans cette accusation... bien après la guerre ! Enfin, quelle raison avait-elle de redouter Hardy, puisqu'il lui était présenté comme un agent allemand ? Non, ce "mobile" ne tient pas debout. Il n'est d'ailleurs même pas démontré, sinon en deux ou trois phrases. Edmée Delettraz serait au contraire totalement débile de ne pas dénoncer Hardy si elle en avait l'occasion : là, en l'occurrence et pour le coup, aurait-elle à risquer la mauvaise humeur de la Résistance, pour avoir tu une trahison et l'imminence d'une Aktion contre ses chefs !

La deuxième hypothèse, car tel est le nom que lui accorde Jacques Baynac, est encore plus délirante. Delettraz aurait suivi les instructions de son amant (?) Robert Moog, lequel aurait cherché, au nom de la vieille rivalité Abwehr/SS, à saboter l'opération prévue par Barbie contre les leaders de la Résistance ! Un tel geste relève de la haute trahison - et Moog n'a jamais agi contre les intérêts du Reich. Certes, Jacques Baynac démontre que l'Abwehr a contribué à ce que Bertie Albrecht quitte le QG du SD de Lyon, après son premier interrogatoire par Barbie, pour Paris, au mépris des ordres du gestapiste, mais le rôle de Moog n'est pas clairement établi (PJM, p. 729-730). Qui plus est, ce tour de passe-passe s'est produit après l'arrestation de Bertie Albrecht, que Moog n'a pas un instant songé à empêcher. Moog n'a d'ailleurs jamais cherché à nuire à la moindre arrestation ou filature, investigation ou interrogatoire, et on le retrouve quelques fois en compagnie du SD pour décimer les rangs de la Résistance. S'agissant de Caluire, l'enjeu était bien trop important pour les Allemands, et dépassait là les rivalités inter-services. Enfin, à supposer que Robert Moog, agent de seconde zone, ait suivi une telle logique, il est invraisemblable qu'il n'ait pas mentionné la chose à son supérieur et recruteur de l'Abwehr, Ludwig Kramer. Or, à l'inverse de Moog mort en septembre 1944 dans un accident d'avion, Kramer a survécu à la guerre et a eu à se justifier devant les autorités françaises : pas un instant il n'évoque une telle trahison. Il pourrait se protéger, se couvrir, en appeler à son hitlérophobie, et s'expliquer sur Caluire ! Mais non. Rien de tout cela.

L'hypothèse d'Edmée Delettraz complice objective d'un Moog agissant au nom de la rivalité opposant les militaires de l'Abwehr aux soudards SS ne repose sur rien, et constitue même une insulte à la logique.

Voilà ce qu'il y avait à dire sur Edmée Delettraz, innocentée par la Justice d'abord, innocentée par son propre réseau ensuite, innocentée par ses propres actes enfin. Depuis soixante années, elle fait l'objet, de la part de René Hardy et de ses défenseurs, des pires outrages. Alors achevons cet article par une lettre, adressée au chef de son réseau : "Je tenais à lui dire combien j'avais apprécié la grande sincérité de sa déposition et la dignité avec lesquels elle soutint les attaques inqualifiables de la défense. Moi qui sais, mieux que personne, combien son témoignage était désintéressé et uniquement inspiré par le souci de la vérité et de la justice, je suis indignée qu'elle ait été publiquement bafouée par des gens pour qui tous les moyens étaient bons pour arriver à leurs fins. LE résultat de ce procès est révoltant. Il faut espérer qu'un jour la lumière se fera assez éclatante pour confondre le traître Hardy et ses défenseurs." (citée in Noguères, op. cit., p. 244)

Son auteur n'est autre que Laure Moulin, à propos de laquelle Jacques Baynac, qui n'est jamais à une contradiction près, écrira : "Quelle raison aurions-nous de ne pas croire Laure Moulin, jamais prise en défaut, elle ?" Au moins lui accordait-il le droit de s'exprimer. Maître Garçon, lui, aura à son encontre cette remarque méprisante, au cours du second procès Hardy : "Ne vous mêlez pas de ça : la Justice se prononcera en dehors de vous. Vous n'êtes pas un témoin, vous êtes une femme qui pleure, et restez-le." (cité in Cordier, op. cit., p. 775)

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