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Massacre à Malmédy ? Ardennes: 17 décembre 1944 / Gerd J Gust Cuppens

En réponse à -4 -3 -2
-1Chose promise, chose due......; de Prosper Vandenbroucke

Très discutable de Nicolas Bernard le dimanche 19 décembre 2004 à 22h00

Je n'ai pas lu l'ouvrage de Gerd Cuppens, mais certaines affirmations reproduites ici me paraissent extrêmement dérangeantes. En particulier celle-ci :

> «……Si le procès avait été mené honnêtement, la Cour de
> Justice aurait eu une image complète et claire de
> l’incident
> de Malmedy. De plus tout le monde aurait connu la vérité
> dès
> 1946….»

Il se trouve en effet que le procès a été mené honnêtement - du moins aussi honnêtement que les autres. Pourtant, une légende a pris forme, et se retrouve sous la plume d'auteurs sérieux (1) : les accusés SS auraient été torturés par leurs geôliers américains, qui auraient ainsi obtenu de leur part des aveux confondants mais aussi dignes de confiance que ceux extorqués au cours des procès de Moscou. Une légende propagée par l'extrême-droite américaine, reprise à son compte par l'extrême-droite allemande, périodiquement revendiquée par l'extrême-droite francophone, et assimilée par certaines publications réputées.

Car la réalité est toute autre. Et il convient à cet effet d'examiner plus avant le rôle joué par l'avocat de Peiper, le colonel Willis M. Everett - qui a initié la légende (2).

Everett est un avocat sudiste : il n'aime ni les Noirs, ni les Juifs, ni tout ce qui n'est pas Blanc, anglo-saxon et protestant. Qui plus est, son "sudisme" le rend compatissant envers l'Allemagne, nation vaincue comme l'a été 80 ans plus tôt la Confédération. Et il aime son métier : possédant un sens aigu de la Justice, il s'acharnera à tout faire pour défendre les accusés SS contre ce qu'il assimilera à une tentative de vengeance juive. A cet égard, sa rencontre avec Peiper déclenchera une explosion intellectuelle : il sera profondément séduit par ce jeune officier SS anglophone, beau, brillant, anticommuniste fervent. Désormais, le procès de Dachau deviendra l'affaire de sa vie : "Le Seigneur m'a donné la force de continuer", reconnaîtra-t-il.

Mais sa stratégie de défense va évoluer... En prenant connaissance du dossier, il est informé par certains SS qu'ils ont été battus en vue de leur extorquer des aveux. Everett exprime d'abord de sérieuses réserves sur la véracité de ces déclarations, bien compréhensibles - il suspectera même certains d'entre eux de mentir. Une enquête est néanmoins dilligentée, menée par le colonel Edwin Carpenter. Si elle découvre que les interrogateurs américains ont occasionnellement molesté quelques prisonniers (pratique hélas courante dans toutes les polices démocratiques), qu'ils ont parfois - mais pas souvent - exercé certaines pressions psychologiques par le biais de "procès simulés", elle établit qu'aucun aveu n'a été recueilli par la force. Rien de bien anormal, donc (3).

Un autre spécialiste de Jochen Peiper, Roger Martin, écrit : "pour faire craquer des prisonniers que plusieurs années de combat commun et de guerre avaient rendu intensément solidaires les uns des autres, convaincus par leur chef, Peiper, que leur seule chance était de faire bloc et de refuser de répondre aux interrogatoires, les enquêteurs américains usèrent de stratagèmes parfois aussi contestables qu'infantiles. Ainsi des mises en scène grand-guignolesques furent organisées : interrogatoires nocturnes dans une pièce tendue de noir et éclairée aux bougies, avec crucifix et Bible en évidence ; accusés encagoulés puis éblouis, menacés d'être livrés aux Russes, aux Polonais ou aux Belges ; menaces de réprésailles sur leurs familles. Tout cela est avéré et ne saurait être nié." (4)

Sur le moment, Everett décide de ne pas insister sur ces prétendus mauvais traitements - il ne fera même pas convoquer d'expert médical. Il préfère s'en prendre à l'acte d'accusation, pour en souligner les incohérences, les imperfections. Il est vrai qu'il a eu le temps de préparer sa défense, et qu'il en a reçus les moyens, en bénéficiant d'assistants et d'interprètes - ce qui cadre mal avec la thèse selon laquelle le procès était truqué. L'accusation (dirigée par le colonel Burton Ellis) a, de son côté, manqué de temps pour présenter une version des faits cohérente, préférant insister sur la réalité des massacres commis par le Kampfgruppe Peiper.

La thèse d'Everett est simple : il y a eu des Américains tués, et en grand nombre, mais sans planification, ni préméditation. Le meurtre des prisonniers de guerre doit être compris comme un acte commis dans le feu de l'action et l'angoisse du combat. En somme, une bavure, comme en commettent toutes les armées du monde. Quant aux assassinats de civils, Everett rappelle maladroitement qu'ils ont été effectués en réprésailles des activités maquisardes - l'habituelle justification de mauvaise foi.

La stratégie d'Everett échoue. Le 11 juillet 1946, les accusés sont tous reconnus coupables de meurtres, fusillades, mauvais traitements et tortures à l'encontre de soldats américains et de civils belges. Sur 73 accusés, 42 sont condamnés à la mort par pendaison, 22 à la réclusion perpétuelle, 2 à vingt ans de réclusion, 1 à 15 ans de détention, 5 à 10 ans.

Ayant échoué à contredire l'accusation en discutant les faits, Everett, déterminé à sauver ses clients, change de tactique : il s'attaquera désormais à la Justice militaire américaine. De cette manière, il fera d'une pierre deux coups : prétendre d'une part que les accusés ont été torturés, ce qui leur vaudra d'être bien vus de l'opinion, et anéantir d'autre part leurs aveux - puisqu'ils auraient été extorqués... Avec l'aide de Peiper, Everett "réactive" les plaintes des SS, qui proclament avec une belle unanimité qu'ils ont été torturés par l'armée américaine. De procédure en procédure, il parvient, en 1948, à obtenir du gouverneur militaire de la zone américaine d'Allemagne occidentale, le général Lucius Clay, la réduction du nombre de peines de mort à 12 : d'autres peines de prison sont réduites, voire annulées.

Parenthèse. Rappelons-nous de la date : 1948. Et rappelons-nous de Lucius Clay. A l'époque du blocus de Berlin, à l'époque où fait rage la Guerre froide, à l'époque donc où Clay sait qu'il a intérêt à se concilier les Allemands, il n'en maintient pas moins 12 condamnations à mort - dont celle de Peiper. C'est dire que le dossier à charge est solide. Jamais Clay n'aurait osé venir au secours de Peiper s'il existait des doutes réels quant à sa culpabilité. Clay va certes encore réduire de moitié le nombre de condamnations à mort, pour couper l'herbe sous le pied d'Everett et de ses alliés au sein de l'Armée et de la Justice américaines, qui veulent au contraire une mesure de suspension - mais il échoue, et Everett obtient gain de cause.

L'affaire prend alors des proportions insoupçonnées. Des comités de soutien se créent en Allemagne et aux Etats-Unis. Une commission militaire part pour l'Allemagne fin 1948 : l'un de ses membres, le juge Van Roden, écrit dans The Progressive, journal de tendance libérale, que les accusés ont eu les testicules broyés, que les dégâts causés sont irréparables (5). L'article étant publié à Madison, dans le Wisonsin, le sénateur de cet Etat, Joe McCarthy, en prend connaissance et décide - pour des motifs purement électoraux (satisfaire sa minorité d'origine germanique) - de prendre la défense des SS (6).

Le Congrès s'empare donc du dossier. Un Comité juridique est réuni, sous la présidence du sénateur Baldwin. McCarthy ne veut pas tant démêler le vrai du faux que paraître et se rendre célèbre, d'où des interventions tapageuses qui s'achèvent dans la confusion. Mais Baldwin ne se laisse nullement impressionner et mène une enquête digne de ce nom. Résultat : le Comité établit que les accusés nazis ont menti. Une expertise médicale a prouvé de manière indiscutable qu'ils n'avaient subi aucun mauvais traitement. Qui plus est, le juge Van Roden a nié catégoriquement avoir écrit l'article publié dans The Progressive : il n'a même jamais entendu parler de tortures quelconques opérées par l'armée. Le Comité remarque cruellement que la Défense a invoqué les tortures après le verdict, et pas avant. Et si le lieu de détention des accusés n'était pas une sinécure, il n'en était pas pour autant digne des geôles de la Gestapo.

Le rapport du Comité, rendu le 14 octobre 1949, lave donc l'armée de tout soupçon. McCarthy, lui, a laissé tomber l'affaire depuis quelques mois, voyant qu'elle risquait de lui coûter cher : il s'attaquera l'année suivante aux communistes, thème plus porteur.

De toutes les manières, il est trop tard. Le poison distillé par Everett a fait son effet. Des associations allemandes ont repris sa propagande, et le font savoir, recueillant des pétitions, publiant des photos de l'épouse et des trois enfants de Peiper. En 1951, les Américains décident de commuer les peines de mort en peines d'emprisonnement, pour répondre - de leur propre aveu - à un "déluge d'appels à la clémence arrivés d'un peu partout". Cinq ans plus tard, tous les SS - Peiper inclus - auront été libérés. Aucun d'entre eux n'exprimera le moindre remords. Peiper, en particulier, continuera de manifester sa nostalagie de "l'épopée nationale-socialiste". Et pourtant, il avait refusé d'assumer la responsabilité des massacres commis par ses hommes - ce qui revenait à exposer ces derniers aux foudres de la Justice américaine...

C'est une histoire où les méchants gagnent à la fin. Peiper disparaîtra mystérieusement en 1976, seize ans après la mort de son sauveur, Willis Everett, devenu très lié au mccarthysme. La carrière du colonel Ellis sera brisée par l'épreuve. Et les victimes américaines et belges du Kampfgruppe Peiper n'obtiendront jamais justice.

(1) Ainsi Philippe Aziz, "Le procès de Malmédy", in Michel Hérubel, La bataille des Ardennes, Presses-Pocket, 1981, p. 239-244.

(2) Excellente biographie du personnage par un spécialiste de l'affaire Malmédy, James J. Weingartner, A peculiar Crusade. Willis M. Everett and the Malmedy Massacre, New York University Press, 2000.

(3) Ibid., p. 44.

(4) Roger Martin, L'Affaire Peiper, Dagorno, 1994, p. 84.

(5) Richard Gallagher, Malmedy Massacre, Paperback Library, 1964, p. 127.

(6) Sur l'intervention de McCarthy, qui ne connaissait rien au dossier et profèrera d'affolantes contre-vérités au cours des audiences du Congrès, voir Thomas C. Reeves, The life and times of Joe McCarthy, Madison Books, 1997, p. 161-185.

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