Je commence par la fin : tu tiens décidément beaucoup à ce que le statut ait été paraphé le 3 octobre, et à ce que le JO de Vichy paru le 18 soit exact sur ce point, alors que de tous les documents enfin venus au jour dans les ouvrages de Joly et de Bruttmann aucun n'y fait la moindre allusion et que tous confirment le journal de Baudouin (par ailleurs très inventif) : conseil de cabinet le 30 septembre, des ministres le 1er octobre, point barre.
Pour le reste, je mets en doute les plaidoyers d'après guerre, émis dans une atmosphère judiciarisée même si tous n'étaient pas des plaidoiries d'avocats (beaucoup l'étaient). Le système de défense de la plupart, consistant à charger Laval notamment après sa mort (i fsait que dcauser avec les Boches m'sieu même qu'i nous disait rien du tout) convergeait sur ce point avec celui de Laval lui-même : aucune pression allemande (Laval, lui, chargeant Alibert et Peyrouton... d'une manière un rien plus digne que ceux qui le chargent, lui, car il leur donne raison : le statut était une heureuse initiative française, destinée à éviter des initiatives allemandes plus dures -cf. Chambrun, Le "procès" Laval, France-Empire, 1984, p. 115).
Outre les trouvailles des deux précités, il convient de signaler le travail pionnier de Barbara Lambauer dans sa bio d'Abetz (cf.

). Elle y taille gentiment des croupières à Paxton comme à l'historien allemand Eberhardt Jäckel. Je cite (NB : mon clavier, profitant malicieusement de la proximité des deux voyelles, a tendance à écrire "je coite" ; si un jour cela m'échappe alors que j'invoque un auteur féminin, n'en tirez pas des déductions hasardeuses) :
Là précisément on touche une question délicate mais centrale pour notre étude : l'interdépendance franco-allemande en matière de politique antisémite, incontestable à notre sens. Il y a un consensus général sur le fait que Vichy cultive son propre antisémitisme, qui n'a pas besoin d'être animé par les Allemands. De ce fait, le gvt français peut poursuivre une politique antisémite autonome. Il n'y a pas lieu ici de contester cette judéophobie purement française, et dans ce contexte nous devons confirmer ce que formulent Marrus et Paxton : "toute idée d'un simple 'diktat' allemand peut être écartée sommairement". Cela dit, nous estimons que l'on ne peut pas non plus parler de l'absence complète d'une quelconque pression du côté allemand; thèse aussi éloignée de la réalité que celle d'un diktat allemand. Car les deux thèses méritent d'être nuancées et rapprochées. (livre de 2001 à partir d'une thèse soutenue en 2000, p. 197)
Pour ma part, je la trouve un rien timide, comme souvent les pionniers, soit qu'ils ne veuillent pas faire trop de peine aux anciens, soit qu'eux-mêmes avancent d'un pas titubant dans la voie de la nouveauté. L'antisémitisme autochtone me paraît bien trop circonscrit à certaines sphères (les maurrassiens essentiellement, dont fait partie Alibert) pour ne pas avoir besoin, chez un Peyrouton, un Laval ou même un Pétain, de vitamines d'outre-Rhin (non point que le nazisme convainque intellectuellement, mais parce qu'on cherche comment lui plaire).
Quant à franciser encore plus les choses en disant que le statut était en germe sous la IIIème finissante, cela me paraît tout à fait improbable. Du moins si nous parlons bien du statut, c'est-à-dire de l'apartheid à l'encontre de tous les Juifs, même issus de familles assimilées depuis des siècles. Pour les rafles et les internements de suspects il en va différemment, la xénophobie des années 30 ayant sans doute quelque peu déteint sur les élus en quête de réélection, fussent-ils de bons républicains.