"Ces bûchers sont de grandes fosses creusées dans l’enceinte qui enferme la baraque du crématoire. Ils ont environ 20 mètres sur 10 et 3 mètres de profondeur. Au fond on garnit de bois et de branches. Puis une couche de cadavres est disposée, une de bois, une de cadavres, une de bois, etc. ainsi sur plusieurs épaisseurs. Au faîte ne sont plus jetés que des cadavres. Cela sur 5 mètres de haut en tout. Et chaque matin je dois remettre ma liste au chef du crématoire, qui, cet imbécile, est perpétuellement à tourner et virer autour de son feu pour voir si tout marche bien. Je prends ma respiration un bon coup et je rentre dans la fumée grise. À côté de moi, les corps grésillent, se calcinent, se déchirent en deux ; des membres se détachent et parfois tombent du tas. Un détenu, employé ici, les ramasse avec une fourche et les rejette dedans.
Chaque fois le S.S. grogne.
- M… ! encore plus qu’hier. Je n’y arrive plus. Regarde ! J’en ai déjà 2.500 de retard.
En effet, un peu plus loin, entassés comme des rondins, sur un mètre de haut et 30 mètres de long, des cadavres de toutes les couleurs attendent d’être brûlés, simplement protégés du soleil par des branches de sapin. Il y en a trois ou quatre rangées ainsi. Si nous n’attrapons pas encore la peste ou le choléra avec tout cela, nous aurons de la chance.
Le bûcher brûle 500 corps par jour et, comme je l’ai dit, il y a des journées de 800 morts.
Les charrettes déversent continuellement des morts et des morts. Tous incroyablement maigres, violacés, verts, sales, la bouche et les yeux grand ouverts.
Avant de ressortir, je vois encore les cinq « spécialistes » qui, sur une grande plaque de ciment, brisent les crânes et les tibias qui ont résisté au feu, avec des pilons de paveurs."
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