Bonsoir,
Il y a quelques temps, un internaute m'interpellait dans ce fil à propos de la réécriture de la geste résistante de certaines organisations communistes durant l'Occupation, l'OS et les Bataillons de jeunesse, pour les cas qui nous concernaient :
Je ne vois pas en quoi l'Histoire de l'OS ou des Bataillons de la Jeunesse a été arrangée ou mythifiée. Quels sont les faits contenus dans les publications communistes qui seraient arrangés.
Je tiens à préciser que j'ai personnelement quitté l'Eglise commniste depuis longtemps et que je m'exprime au nom de la vérité et non de l'orthodoxie.
Elargissons la question à l'ensemble de l'appareil du PCF. La réécriture du passé au moyen de récits arrangés et de photos retouchées, par l'exclusion des éléments révisionnistes (témoins gênants, à l'heure des Mémoires rédigés dans la plus épaisse langue de bois), voire par leur élimination physique (un groupe clandestin était chargé des exécutions), furent très tôt des pratiques utilisées par le parti pour ajuster le passé aux exigences de la ligne présente. Plus personne ne peut aujourd'hui le contester.
La vie, les engagements, la résistance, et enfin le procès d'un cadre comme Charles Tillon illustrent la réécriture stalinienne de l'histoire.
Lorsque Charles Tillon relate sa mise en accusation par ses camarades de parti, en 1952, il comprend que l'une des raisons de sa mise à l'écart qui se prépare, intéresse également les journées précédant la Libération de Paris. Jacques Duclos, qui dirige le PCF en l'absence de Maurice Thorez, alors soigné à Moscou, désire, à l'évidence, réécrire l'histoire de son parti lors de cette période décisive.
(Tillon) "Duclos avait exigé que mon procès remontât à la Résistance, dans l'espoir de se débarrasser enfin du témoin qui le gênait le plus, le mieux averti de ses "erreurs" de 1940, puis de ses tentatives de retarder l'insurrection nationale en coupant, le 10 août 1944, sa liaison avec le Comité militaire des FTP."
Qu'en est-il de cette véritable mise en accusation de la direction clandestine du PCF - plus précisément de Jacques Duclos - qui, sur ordre de Moscou (note de René : mais alors sur la même position que de Gaulle et Kœnig), était franchement hostile à une insurrection armée des Parisiens ?
C'est encore Maurice Rajsfus - son livre "La Libération inconnue - à chacun sa résistance" au Cherche midi, 2004, est une mine - qui nous aide à explorer le sujet.
Il nous apprend que le secrétariat clandestin du PCF avait abordé au cours d'une réunion le 18 juillet 1944 les modalités de l'insurrection dès lors que les armées alliées seraient en mesure de rompre les fronts stabilisés en Normandie, et de se mettre en mouvement. Au cours de cette réunion Charles Tillion posait la question du maintien de la liaison, en toutes circonstances, entre le secrétariat du PCF et le Comité militaire national (CMN) des FTP, lequel envisageait de s'établir à Paris, en vue de l'insurrection; réponse on ne peut plus dilatoire : "Jacques Duclos et Frachon estimèrent que cette question était prématurée, et devait faire l'objet d'une autre réunion. Pour le reste, il fut convenu que je devais prendre mes responsabilités, selon les événements, en ce qui concernait le CMN."
Bien cordialement,
RC |