Je pense que l'histoire de Vichy est appelée à progresser beaucoup en prenant des distances égales avec Aron (Robert) et Paxton (tout aussi Robert mais sans homonyme traitant de sujets voisins), dans une manière de troisième dimension : la prise de conscience du fait que Hitler pratique un dosage sinon quotidien, du moins très fréquent, des ingrédients de la sauce à laquelle il mange Vichy.
J'ai déjà cité ailleurs
(mais indiqué ici
) ce qu'il en disait lui-même le 2 août 1941 (dans ses "propos de table", accessibles aujour'hui surtout en anglais ), à peu près à mi-chemin du ministère Darlan :
"Je ne veux imposer le national-socialisme à personne. (…) Les Français, par exemple, doivent conserver leurs partis. Plus il y aura chez eux de mouvements sociaux révolutionnaires, mieux cela vaudra pour nous. A l'heure qu'il est, nous nous débrouillons parfaitement. Beaucoup de Français ne désireront pas que nous quittions Paris, car du fait de leurs relations avec nous ils sont suspects aux yeux des Français de Vichy. Pour une raison analogue, Vichy ne voit peut-être pas d’un mauvais œil que nous soyons installés à Paris, car si nous n’étions pas là ils auraient à craindre des mouvements révolutionnaires."
Paxton devrait dès aujourd'hui apparaître ridicule, et en tout cas il le sera demain, quand il écrit (p. 133 de la
France de Vichy, 1ère éd.) : "La chute de Darlan est décidée par Vichy, et non par l'Allemagne."
Cette discussion me fait d'ailleurs pousser une idée au cerveau : le nouvel équilibre inauguré le 18 avril 42, avec Laval chef de gouvernement et Darlan commandant en chef des forces armées, ainsi que successeur du chef de l'Etat en cas de pépin, n'est-il pas une résultante des besoins nés simultanément de la guerre avec les Etats-Unis et de la Solution finale ? Avec Laval on va s'occuper de mise au pas interne, de pillage aggravé en ressources et en travailleurs et de rafle de Juifs, et on s'assure aussi une mainmise sur la flotte et les colonies en cas d'incursion américaine, puisque Darlan n'a plus de fonction politique, et a amplement démontré qu'il n'avait pas l'âme d'un rebelle. Cependant, si Pétain, 86 ans, quitte la scène, un successeur militaire s'impose pour que tout n'aille pas à vau-l'eau.
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