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Ce que savaient les Alliés / Christian Destremau

En réponse à
-1Que savait Vichy ? de Laurent Laloup

Vichy ne se posait pas trop de questions de Francis Deleu le lundi 18 mai 2009 à 19h28

Bonoir,

Vichy était informé par diverses sources mais préféra ne pas pousser trop loin ses investigations et s'en tenir à la version allemande. La phrase de Laval ci-dessous est révélatrice à cet égard. Laval affirme ne rien savoir tout avouant "savoir" :
J'ai essayé de savoir, en les interrogeant, où les Allemands dirigeaient les convois de Juifs et leur réponse était invariable : "En Pologne, où nous voulons créer un Etat juif." Je savais bien que les Juifs étaient emmenés en Pologne, mais j'ai appris que c'était pour y travailler dans des conditions abominables, le plus souvent pour y souffrir et y mourir" (souligné par mes soins) - in "Laval parle".
Un certain nombre de rapports, sur les massacres et même sur l'utilisation du gaz, parvenaient à l'Ouest par l'intermédiaire de la résistance polonaise, d'évadés, de témoins, du clergé ....

Quelques exemples :

- Dès le 1 juillet 1942, la BBC dans ses émissions en langue française donne des informations sur le massacre de 700.000 Juifs polonais.

- En août 1942, le Consistoire juif adresse un appel à Laval, fondé sur des informations parvenues de l'Est:
Il a été établi par des informations précises et concordantes que plusieurs centaines de milliers d'Israélites ont été massacrés en Europe orientale ou y sont morts après d'atroces souffrances à la suite de mauvais traitements .... Ce n'est pas en vue d'utiliser les déportés comme main d'oeuvre que le gouvernement les réclame, mais dans l'intention bien arrêtée de les exterminer impitoyablement et méthodiquement. (cité par J. Billig, La Solution finale de la question juive: essai sur ses principes dans le IIIe Reich en France sous l'occupation.)
- Le 17 août 1942, le rabbin parle d' "extermination" lors d'un entretien avec le cardinal Gerlier.

- Le même jour, l'ambassadeur de France à Bucarest rapporte à Laval que les déportations s'y faisaient dans des conditions telles que "peu pouvaient y survivre".

De nombreux dignitaires de l'Eglise catholique et protestante, des membres des services de secours aux réfugies, le diplomate américain Pinkney Tuck attirent l'attention des dirigeants français sur le sort des Juifs.

- Ainsi, le pasteur Boegner, dans une lettre du 20 août 1942, adressée à Pétain :
La "livraison" de ces malheureux étrangers s'est effectuée en maints endroits dans des conditions d'inhumanité qui ont révolté les consciences les plus endurcies et arraché des larmes aux témoins de ces mesures. Parqués dans des wagons de marchandises sans aucun souci d'hygiène, les étrangers désignés pour partir ont été traités comme du bétail..."
- Quelques jours plus tard (9 septembre 1942) le pasteur s'en confie à Laval. Ce dernier s'en tient à la fiction convenue : les Juifs édifient une colonie agricole. Comme le rappelait Léon Bel : Je lui parlais de massacres, il me répondait jardinage.

- Le 20 octobre 1942, le journal clandestin "J'accuse" publie :
Les tortionnaires boches brûlent et asphyxient des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants juifs déportés de France.
- "L'Humanité" clandestine, en octobre 42, fait état de l'information selon laquelle les Allemands auraient expérimentés un gaz toxique sur 11.000 hommes, femmes, vieillards et enfants parmi les Juifs déportés des deux zones.

Nous pourrions multiplier les exemples. Il serait toutefois hasardeux de déclarer que Vichy (et les Alliés) avaient pris pleine conscience des monstruosités perpétrées à l'Est. L'entendement humain refusait d'y croire ou préférait ne pas y croire. A cet égard, rappelons cette phrase de Raymond Aron : "Les chambres à gaz, l'assassinat industriel d'êtres humains, non, je l'avoue, je ne les ai pas imaginés, et parce que je ne pouvais les imaginer je ne les ai pas sus."

Bien cordialement,
Francis.

*** / ***

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1 Des préfets informés de Francis Deleu 22 mai 2009 17h15
1 A propos de Tuck [Déplacée] de Francis Deleu 30 nove. 2009 07h48

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