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Pétain - Trahison ou sacrifice ? / Michel Boisbouvier

En réponse à -19 -18 -17 -16 -15 -14 -13 -12 -11 -10 -9 -8 -7* -6 -5 -4 -3 -2
-1Non, ce n'est pas un apocryphe de CHASTEL Bastien

2020, année propice de françois delpla le dimanche 05 avril 2020 à 15h51

Michel Boisbouvier, né en 1935, nous a quittés, ainsi que ce monde, le 17 septembre 2014. Son livre ici déposé était une compilation de lieux communs pétainistes. Il était particulièrement impressionné, comme les gens de 1940, par le vrombissement des Stukas, et peut-être aussi par une propagande hostile au Front populaire qui l'accusait d'avoir désarmé la France, surtout du point de vue aérien. Au point de croire que le Reich aurait pu écraser par la voie des airs, dans la deuxième quinzaine de juin 1940, à peu près tout en Europe ou en Méditerranée occidentales, ce qui aurait fait de la signature d'un armistice un geste élémentaire d'assistance à personnes en danger.

Le présent débat, qui avait permis à Boisbouvier de détailler cette idée en rencontrant un scepticisme érudit, trouve en votre personne, Bastien Chastel, un nouveau champion de cette cause mais, plus encore qu'un pétainiste, un antigaulliste viscéral, curieusement amputé de toute cohérence idéologique puisque vous trouvez le moyen de reprocher à la fois au Général de s'être obstiné en Indochine et couché en Algérie. Il serait par ailleurs pendable d'avoir eu quelques ministres communistes, alors qu'en Indochine c'est avec un pouvoir communiste que vous lui reprochez de ne pas s'être entendu.

Sur un forum d'histoire, on met sur le gril les légendes noires comme les légendes roses et on essaye modestement de les remplacer par des approches plus rigoureuses. Vous êtes porteur d'une forme carabinée du premier type. Savez-vous qu'il existe aussi une légende rose du Général, tout aussi digne d'être combattue ?

Si on se place d'un point de vue moral, Pétain a une excuse et une seule, mais de taille, pour avoir livré la France à un terrible ennemi alors que les moyens de résistance n'étaient pas épuisés : le désespoir qui avait saisi, hors d'Allemagne, toute la planète devant l'écroulement de l'armée française. De Gaulle et Churchill étaient parmi les rares personnes de rang ministériel, où que ce fût dans le monde, à ne pas le partager et là-dessus vous pouvez leur reprocher avec tous les noms d'oiseaux que vous voulez d'avoir été de grands menteurs. Pendant la guerre, ils avaient raison, puisque ce dérèglement porte nécessairement en lui la censure et le mensonge : ils rusaient en prétendant tous deux qu'à l'été de 1940 la résistance armée à Hitler allait de soi et que quiconque pensait autrement était un traître doublé d'un crétin. Dame, quand on prétend mobiliser des hommes en leur faisant exposer leur vie on ne va pas commencer par leur dire que l'ennemi a le match en main !

Le désespoir de 1940 était mauvais conseiller, Hitler pouvait être vaincu et d'ailleurs il l'a été... et du coup, après coup, tout le monde croyait à la victoire anglaise... même Pétain, surtout Pétain ! La France avait juste besoin de souffler, et Pétain souhaitait tout bas bonne chance aux Anglais.

Eh bien non. Il était même pressé de voir l'Angleterre au tapis. Mais de Gaulle et Churchill eux-mêmes, y croyaient-ils vraiment alors, au tout début, fin juin-début juillet 40, à la victoire finale ? Ils ont été pour le moins traversés par l'idée que, quitte à mourir, il vaut mieux mourir debout, et en tout cas mûs par la pensée que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Qu'il ne faut pas se rendre avant d'avoir épuisé les moyens de combattre.

Les mensonges, les vrais, ceux qui n'étaient plus une ruse de guerre, ont commencé ensuite, quand ils ont raconté les événements, notamment dans leurs mémoires. Car si la guerre impose le mensonge, la paix n'est pas toujours synonyme de transparence et notamment, pour gouverner, il faut rassembler des coalitions hétéroclites. Tous deux chassés rapidement du pouvoir, de Gaulle et Churchill voulaient y revenir et cela passait, aussi, par quelques accommodements avec la vérité sur 1940. Churchill avait besoin de conserver la présidence du parti conservateur et, pour cela, de taire charitablement le fait qu'un homme comme Butler, très influent dans le parti et, en pratique, son dirigeant au nom de Churchill, avait été en 1940, avec Halifax, l'un des plus acharnés à rechercher sa chute pour pactiser avec Hitler. Côté gaulliste, c'était plus subtil : le Général devait à la fois jouer sur la solitude héroïque de "l'homme du 18 juin" et récupérer, pour fonder son RPF, les gros bataillons du pétainisme en prétendant que seuls les chefs avaient failli. Il ne pouvait pas non plus dire , le premier, la vérité sur les déchirures de l'Angleterre qui l'avait accueilli et était obligé de cautionner la légende d'un île unanimement dressée contre Hitler.

Nous sommes dans une année d'anniversaire décennal, et aussi dans une crise mondiale qui ravive un certain nombre de souvenirs. Soyez donc le bienvenu si, délaissant quelques préjugés, vous contribuez à faire en sorte que les enjeux de 1940 soient mieux éclairés.

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