Bonsoir René, bonsoir à tous,
Quelle était la position du PCF, alors en pointe, sur le plan de Mendès France ? (René)
Je me suis posé la même question sur les raisons du refus du PC d'approuver les mesures d'assainissement monétaire préconisées par PMD.
Opposition systématique - par principe - à toute réforme économique qui ne serait pas inspirée par l'un des leurs? Ce serait étonnant car cette conversion était on ne peut plus socialement équitable. En outre, elle pénalisait lourdement (et très justement) les "profiteurs" du marché noir contre lesquels Thorez et le PC ne cessaient de vitupérer.
Une première réponse! Elle est du général de Gaulle, vingt ans plus tard lors d'un entretien avec Pierre Mendès France:
*** Pleven péchait par facilité, et vous par excès de rigueur. Si je vous avais donné raison, si vous aviez pu bloquer les comptes et retirer les billets, j'étais cuit, car nous n'aurions plus eu de ravitaillement, les marchés se seraient vidés instantanément, les bouchers auraient fermé boutique. Nous étions cuits, je vous le répète. *** (*)
Pour le parti communiste - au gouvernement avec quelques ambitions - le problème se posait de manière légèrement différente. A la Libération, le PC avait obtenu des hausses de salaire de 40 à 50% pour donner l'illusion de compenser, après 4 années de privations, la perte du pouvoir d'achat. Le PC donnait ainsi satisfaction aux légitimes revendications d'un futur électorat. La réforme monétaire avec son indispensable corollaire c'est-à-dire le blocage des prix et le gel des salaires, aurait certainement entamé sa popularité. De Gaulle comme le PC craignaient la fronde populaire. Le PC avait également d'autres ambitions. Les mesures conjoncturelles - si elles réussissaient - auraient relégué au calendes grecques les mesures structurelles telles les nationalisations de larges secteurs d'activité, cheval de bataille des communistes.
Une autre raison, à prendre avec les réserves d'usage, que rapporte Lacouture: une mesure de brutale contraction monétaire comme celle pratiquée en Belgique aurait mis au grand jour les "trésors de guerre" accumulés par la Résistance communiste pendant la guerre. Près d'Aurillac, par exemple, les maquisards auraient saisi la coquette somme de cinq milliards de francs aux Allemands en retraite.
Bien cordialement,
Francis.
(*) Jean-Raymond Tournoux, La Tragédie du général, Paris, Plon, 1967 - in Jean Lacouture, Pierre Mendès France. |