Voici une critique de livre

qui pourrait nous permettre d'élargir le débat vers une autre catégorie de persécutés : les francs-maçons.
Ce dossier montre que le directeur de la BN Julien Cain, chassé de son poste en août 1940 (sans doute en raison de sa judéité et en vertu de la loi de juillet permettant d'épurer arbitrairement la fonction publique), est remplacé par un fin lettré d'extrême droite, Bernard Faÿ, lequel est chargé par Pétain le 12 novembre, donc dans la foulée de Montoire et dans l'élan premier de la Révolution nationale, de la lutte contre les francs-maçons.
Cela se passe à Paris, et consiste avant tout à dépouiller, en mettant à contribution des centaines de fonctionnaires français "aryens", des tonnes d'archives saisies. Avec des conséquences pires que celles dont fait état ce texte (64 000 fiches, 3000 révocations de la fonction publique) car l'occupant suivait de près le travail (j'en parle un peu dans mon livre sur Mandel) et pouvait en tirer parti dans ses propres persécutions, y compris antisémites.
Il y a là un cas très pur, et encore très méconnu, montrant l'utilité de Vichy pour l'occupant, au moyen d'un service qu'il aurait eu le plus grand mal à faire fonctionner lui-même.
PS- Avant que Michel le remarque et pour lui éviter d'en tirer des conclusion erronées, je voudrais commenter le fait que ladite persécution ait été interrompue par Laval : c'est très intéressant pour comprendre comment fonctionne le couple Vichy-occupant. Les républicains en général et les francs-maçons en particulier ont trinqué pendant deux ans, il est temps de relâcher la pression pour ne pas les retrouver tous au maquis. D'ailleurs Laval se souvient d'un préfet révoqué en novembre 40 qui s'appelait Jean Moulin et lui fait des propositions !
Mais pour l'occupant c'est tout bénéfice : dans la première période il a gagné un fichier sur les francs-maçons, qu'il va utiliser, lui, jusqu'à la fin. Et les collabos parisiens aussi.