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Edition du 18 janvier 2011 à 15h50

Juin 40 - La Négociation secrète / Jean-Pierre Besse - Claude Pennetier

En réponse à -5 -4 -3 -2
-1Intéressante contribution: toutefois... de Etienne Lorenceau

Les années vingt ne sont pas 1940 de Nicolas Bernard le mardi 18 janvier 2011 à 15h22

La coopération militaire germano-soviétique des années vingt est à interpréter dans le contexte de cette époque, pas celui de 1940.

Dans les années vingt, l'Allemagne cherche à briser les chaînes du Traité de Versailles et réactiver une politique indépendante, notamment sur un plan commercial. La Russie est vue comme un partenaire d'autant plus intéressant qu'elle est, elle-même, un paria. Elle a besoin de l'aide commerciale extérieure pour se redresser, et elle partage avec les dirigeants de la Reichswehr leur hostilité contre la Pologne.

La politique étrangère soviétique est, alors, duale, entre la diplomatie traditionnelle et la proclamation révolutionnaire. Lénine n'a pas pleinement renoncé à l'espoir d'une révolution mondiale, mais doit stabiliser le pays dévasté par la guerre civile. Sur le plan politique, l'appareil de terreur se consolide. Sur le plan économique, un retour partiel au capitalisme s'ébauche (la N.E.P.). Sur le plan extérieur, le régime cherche à profiter au mieux des divisions qui ravagent les puissances étrangères pour se prémunir d'une intervention étrangère, mais cherche également à obtenir d'elles un appui dans la reconstruction de la Russie. A ce titre, il importe de négocier avec les Européens des pactes bilatéraux, sans se lier les mains par des traités à portée plus générale - car ce serait renier la Révolution que d'intégrer pleinement le concert des Etats capitalistes, outre de risquer d'être entraîné dans un dangereux système d'alliances.

Rapallo, en 1922, constitue un parfait exemple de cette entreprise, qui trahit la dimension isolationniste de la diplomatie russe. La coopération militaire qui en découle, pour profitable qu'elle soit, ne constitue en rien le prototype d'une alliance.

Pour autant, lorsque l'occasion se présente, comme en Allemagne en 1923, l'option révolutionnaire est réactivée. Le Komintern, toutefois, voit son influence graduellement remise en cause, et le dualisme s'effrite.

Il est, tout d'abord, le produit de l'évolution des rapports de force, sur fond de débats idéologiques, au fur et à mesure que Staline gravit les échelons du pouvoir, à la suite du décès de Lénine. La Révolution mondiale, selon ce dernier, était la seule chance de survie du bolchevisme en Russie, outre d'être considérée comme sa conséquence inévitable à court terme. Mais elle se fait trop attendre, et l'idée s'impose de plus en plus que l'on peut, que l'on doit, édifier le socialisme en Russie, ce que concrétisera abruptement Staline sous la formule du "socialisme dans un seul pays".

Dans cette logique, la Révolution fait d'autant moins recette que la base du Parti revendique la stabilité. Elle se retrouve dans ce Staline qui proclame son mépris pour les aventures extérieures - lui-même n'a jamais cru, ou si peu, au concept de la Révolution internationale. Pire encore, la composante révolutionnaire de la diplomatie soviétique est propre à entraver la normalisation de ses rapports avec l'Ouest, comme le souligne la crise diplomatique avec la Grande-Bretagne et la France en 1927.

Bref, idéologiquement, les années vingt s'achèvent dans l'ère du repli sur soi, l'enthousiasme révolutionnaire devant se reporter sur le "glorieux" premier plan quinquennal, lequel ne peut s'accomplir sans exportations étrangères - notamment allemandes. Et la diplomatie soviétique revendique pleinement son isolationnisme, malgré quelques démarches d'intégration à la sécurité collective.

Tel est le cadre dans lequel doivent s'analyser les relations germano-soviétiques des années vingt. Indéniablement, s'est mis en place à cette occasion un partenariat privilégié, tant sur le plan commercial que militaire. Mais ce partenariat n'a jamais eu vocation à être exclusif, et chacun de son côté, la République de Weimar comme le Kremlin, a joué son propre jeu pour la défense de ses intérêts propres. Le Komintern était prêt à sacrifier Weimar en 1923, et l'échec lamentable des communistes allemands porte à la dimension révolutionnaire du programme moscovite un coup sévère. Weimar, pour sa part, recherchait aussi à améliorer ses rapports avec l'Ouest, via le pacte de Locarno ou l'accueil des investissements américains.

Au début des années trente, la "relation spéciale" unissant l'Allemagne à l'U.R.S.S. achève de se détériorer, ce bien avant l'arrivée de Hitler au pouvoir, dont la dangerosité n'est finalement perçue par les diplomates soviétiques qu'en 1932. Les ratés du Premier plan quinquennal, le désastre de la collectivisation, les famines, ont alimenté les troubles sociaux, et abouti à des dérèglements de la production industrielle. L'invasion japonaise de la Mandchourie en 1931 oblige Moscou à sécuriser ses frontières occidentales, à signer des pactes de non-agression avec la France et la Pologne jusqu'alors perçues comme les "ennemis principaux", à renforcer la part des crédits militaires dans la planification. Or, l'appui commercial allemand est remis en cause par la crise économique.

Mais la diplomatie soviétique reste encore marquée par l'isolationnisme, privilégiant les accords bilatéraux dans la lignée de Rapallo. Pas question, dans ces conditions, de rompre avec l'Allemagne. On peut même supposer que le refus stalinien de laisser le Parti communiste allemand participer à un Front commun avec le Parti socialiste contre l'extrême droite, par delà les motivations idéologiques (et aussi l'inefficacité des précédents Fronts communs, en Grande-Bretagne et en Chine, dans les années vingt), découle d'une volonté de ne pas affaiblir le gouvernement conservateur allemand, considéré comme un partenaire plus fiable.

L'arrivée des nazis au pouvoir précipite la glaciation des relations germano-soviétiques - sans entraîner de rupture irrémédiable. Moscou prend l'initiative, en mai 1933, de rompre la coopération militaire et de fermer les bases où s'entraînaient les experts de la Reichswehr. Ce partenariat se révélait alors plus encombrant qu'utile. D'une part, les Allemands refusaient de partager leurs innovations technologiques, et avaient, entre-temps, progressivement implanté leur formation militaire sur leur propre territoire. D'autre part, le "secret" des bases germano-soviétiques n'en était plus un depuis plusieurs années, et risquait de se révéler un obstacle au rapprochement soviéto-français.

Le pacte de non-agression germano-polonais de janvier 1934 constitue la véritable pomme de discorde entre Moscou et Berlin. Pour autant, alors que le Commissaire du Peuple aux Affaires Etrangères, Maxim Litvinov, obtient de Staline un renoncement à l'isolationnisme, et un retour plus marqué dans la communauté des nations, le tyran soviétique ne ferme pas totalement la porte à l'Allemagne. D'abord parce que l'hypothèse de négociations germano-soviétiques peut constituer un atout utile lorsqu'il sera question de parlementer avec les Occidentaux, de jouer sur leur peur d'un "nouveau Rapallo". Ensuite et surtout parce que ce qui domine la pensée de Staline, c'est l'intérêt de l'U.R.S.S., et qu'à ce titre une normalisation des relations avec le Reich sera toujours bonne à prendre. Le dictateur, comme le révèle sa correspondance des années trente, ne s'est jamais totalement défait de la logique diplomatique des années vingt consistant à tirer parti des divisions entre puissances - sans pour autant y être impliqué.

Hitler, lui, l'a bien compris, puisque malgré les discours incendiaires de sa propagande, il laissera croire à Staline, tout au long des années trente, qu'un adoucissement de sa diplomatie orientale fait partie du domaine des possibilités, ce que révèlent la reconduction du Traité de Berlin en avril 1933, l'acquittement et la libération du communiste bulgare Dimitrov accusé d'avoir organisé l'incendie du Reichstag, ou le jeu de Göring, qui se plaît à passer pour partisan de fructueuses relations commerciales avec la Russie. L'un des principes clés de sa politique extérieure demeure toutefois, jusqu'en 1939, l'affichage de son anticommunisme, pour rassurer les conservateurs de l'Ouest. Mais les petits signes discrets délivrés aux Soviétiques au cours des six années suivant son accession au poste de Chancelier faciliteront la conclusion de cet accord de circonstance que sera le Pacte du 23 août 1939.

Bref, les relations germano-soviétiques révèlent, non pas un partenariat idéologique, ni même un jeu amoureux entre grandes puissances attirées l'une par l'autre, mais un rapport dominé par les égoïsmes réciproques, la politique intérieure, les inquiétudes et les attentes extérieures, la duplicité. Mais alors que Staline est toujours prêt à coexister, tant que la sécurité de son pays n'est pas remise en question, Hitler y apporte sa touche personnelle, la ruse destinée à masquer ses intentions, lesquelles n'ont jamais varié depuis le début des années vingt : abattre l'Union soviétique.

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