le Glossaire de Francis a trouvé : - | Dans le cadre de l'organisation de la Résistance, la lettre R suivie de 1 à 6 indiquait une région de la zone Sud (zone non occupée jusqu'en 1942).
R1 : Région Rhône-Alpes (centre Lyon).
R2 : Région Provence-Côte d'Azur (centre Marseille).
R3 : Région Languedoc-Roussillon (centre Montpellier).
R4 : Région du Sud-Ouest (centre Toulouse).
R5 : Région de Limoges (centre Brives puis Limoges).
R6 : Région de l'Auvergne (centre Clermont-Ferrand).
En zone Nord occupée, les régions étaient définies par les simples lettres : P - A - B - C - D - M
(voir "zone")
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Seconde Guerre Mondiale - SGM |
- | Les anglo-saxons écriront WW2 ou WWII pour World Ware Two. Bon à savoir pour une recherche utile sur le Web.
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Dans ce texte : Un génocide consommé dans l'indifférence de Francis Deleu le lundi 18 décembre 2006 à 22h35
Bonsoir,
En mars 1987, Guillaume Malaurie du Nouvel Observateur (*) lançait un appel pour ouvrir le débat sur "un demi-siècle de silence".
Souhaitons que, loin des passions partisanes, cet appel puisse inspirer celles et ceux que le "devoir de mémoire des peuples européens envers l'un des leurs" ne laissent pas indifférents... .
*** Je ne suis pas Ukrainien, ni même sociologue. Les hasards d'une étude historique m'ont cependant confronté, voilà quelques années, à une incontestable apocalypse. Celle qui frappa l'Ukraine en 1933. Le "Grand massacre", selon la formule de Soljenitsyne.
C'est donc en citoyen européen que je voudrais présenter les livres de Miron Dolot (Les Affamés), paru l'automne dernier chez Ramsay, et de Robert Conquest (The Harvest of Sorrow), paru en Angleterre chez Hutchinson. Un témoignage et une synthèse historiographique qui touchent au même sujet : le génocide de trois, voire quatre ou peut-être cinq millions d'Ukrainiens. Vertige des chiffres. Même au niveau le plus bas, ce constat ne manque pas d'impressionner. D'autant que, malgré de nombreux travaux et articles - la plupart américains -, on doit déplorer l'absence de ces "âmes mortes" dans nos manuels scolaires et nos encyclopédies, pis encore dans les ouvrages grand public concernant l'U.R.S.S. Aucun typhon, aucune catastrophe naturelle, aucune guerre, cependant, dans cette année 1933, qui pourrait expliquer le désastre démographique qui a frappé l'Ukraine. Aucune mention non plus de l'événement dans la presse soviétique, comme le soulignera par la suite Arthur Koestler, qui vivait alors à Kharkov.
Pourtant, disons-le sans ambage, Moscou planifie alors une famine à l'échelle d'un peuple tout entier. La technique est d'une simplicité déconcertante : des réquisitions se succèdent en rafales dans chaque village ukrainien jusqu'à la disparition des stocks puis, enfin, des semences à l'automne de 1932. L 'hiver suivant, les populations d'Ukraine, encerclées par l'Armée rouge, meurent en arrachant des racines et la chair des cadavres humains. Dans le même temps, l'Union soviétique, dont les réserves en céréales débordent, exporte son grain sur les marchés internationaux à des prix de dumping. L'affaire est menée dans le plus grand silence. Lorsque des personnalités à Vienne, à Paris, à la S.D.N., s'émeuvent, la Pravda dément et assure que tout va pour le mieux. Les autorités soviétiques organisent, en outre, une extraordinaire mise en scène à l'intention de l'ancien président du Conseil, Edouard Herriot. Mené par le bout du nez, celui-ci traverse l'Ukraine sans rien apercevoir du sinistre. Revenu à Paris, il s'extasie sur le dégradé des couleurs des villages ukrainiens.
Le crime est parfait ou presque. Les témoignages sur les souffrances vécues par les paysans de l'Ukraine abondent, mais on a toujours du mal à admettre ce que la raison refuse. Souvenons nous avec quelle difficulté on a réussi à faire accepter la réalité des chambres à gaz nazies.
Ainsi, le deuxième génocide d'importance du XXe siècle, entre l'arménien et le juif, aura été consommé dans l'indifférence.
Comment expliquer cette effroyable génocide ? Et le silence qui l'entoure ? On peut avancer différentes explications. La première, désormais bien connue, c'est la volonté des autorités soviétiques de réussir la collectivisation des terres du grenier à blé russe. C'est-à-dire de l'Ukraine. Il faut, évidemment, recourir à la force pour convaincre le Middle East européen des bienfaits du kolkhoze. Puis à la terreur , car, en Ukraine, les paysans ressemblent à nos paysans normands: ils ne sont, dans leur grande majorité, ni très riches, ni très pauvres. Et ils sont farouchement attachés à la propriété du sol. D'une pierre, Moscou faisait deux coups: en promouvant la collectivisation des terres, il étouffait aussi le sentiment national ukrainien en frappant sa base privilégiée: les campagnes, là où l'on parlait l'ukrainien et non le russe. Hissé au rang d'Etat en 1917, l'Ukraine avait dû réintégrer peu après l'Empire soviétique. De force. Et c'est de manière concomitante que vont éclater la famine et la répression qui s'abat sur les "communistes nationaux". On frappe de la base au sommet, des reins jusqu'à la tête, et la colonne vertébrale nationale va ainsi se casser.
Voilà des rudiments d'explication. Il faudrait désormais affiner les chiffres sur le nombre des victimes de la famine et des déportations. On voudrait en savoir davantage sur la politique stalinienne des nationalités. Et jusqu'en 1986, en France, le silence continue d'être bien lourd. Seul Alain Besançon aura fait entendre la voix de l'Université sur le cas ukrainien. Ne jetons pas la pierre. Les historiens aiment les données précises, et l'information soviétique a toujours fait le blocus sur cette affaire. Même si les statistiques démographiques officielles trahissent le secret. Plus profondément, la France s'intéresse peu aux nationalités de l'empire russe peut-être parce qu'elle a préféré rêver, dans sa rivalité avec l'Allemagne, à un allié affaibli par des divisions. De plus, depuis la Seconde guerre mondiale, l'Ukraine souffre d'une détestable réputation. "Ils ont fourni les Kapos des camps de concentration !", "leur antisémitisme est bien connu". Jugements passionnels, rendus faute d'une connaissance rigoureuse. Il faut tout mettre sur la table.
Outre-Atlantique, Ukrainiens et Juifs commencent à prendre langue dans les universités. Un contentieux existe entre eux, bien réel. Car, comme dans beaucoup de pays de l'Europe centrale, l'antisémitisme ukrainien est un phénomène reconnu. La tragédie du peuple juif est aujourd'hui une réalité historique incontestée. Puisse celle qui a été vécue par le peuple ukrainien en 1933 connaître un sort analogue. Le péché originel, rappelons-le, n'existe pas chez Clio.
Travail d'autant plus urgent que l'ère Gorbatchev met l'accent sur la "transparence". Rappeler, comprendre, expliciter, traiter scientifiquement la famine planifiée de 1933, ce n'est pas simplement fouiller dans les mauvais souvenirs. Il s'agit d'un devoir de mémoire des peuples européens envers l'un des leurs. Avec l'espoir que l'Union soviétique affronte enfin son propre passé. Jusqu'à aujourd'hui, l'essentiel du travail vient de l'Amérique, et particulièrement des communautés ukrainiennes émigrées outre-Atlantique. Il est temps d'élargir le débat aux pays occidentaux et plus particulièrement à la France.
Bien cordialement,
Francis.
(*) Sous réserve de vérification, hier ou avant-hier, Guillaume Malaurie, rédacteur en chef du Nouvel Observateur ainsi que Michel Labro auraient été nommés co-directeurs de la rédaction. *** / *** |