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Ceux de 14

Maurice Genevoix

Les "livres de guerre" de Maurice Genevoix sont l'oeuvre première d'un très grand écrivain français. L'étonnante faculté d'observation remarquée par Ernest Lavisse dès 1916, la précision de la mémoire, l'attention aux hommes, aux regards, à la tonalité des voix, la rigueur, la simplicité, la clarté du récit portent la marque de son génie unique. Il fut le grand peintre de la Grande Guerre, il demeure le premier grand témoin de notre siècle cataclysmique, porté par le devoir de faire comprendre l'indicible aux générations futures : "Ce que nous avons fait, c'est plus qu'on ne pouvait demander à des hommes, et nous l'avons fait." En contrepoint à cette oeuvre, deux romans et le poignant écho écrit 50 ans plus tard, La Mort de près. "Cette espèce de pétillement très faible... c'est la bataille acharnée vers laquelle ils marchent, et qui halète là, de l'autre côté de cette crête qu'ils vont franchir... Ils marchent ; chaque pas qu'ils font les rapproche de ce coin de terre où l'on meurt aujourd'hui, et ils marchent. Ils vont entrer là-dedans, chacun avec son corps vivant ; et ce corps soulevé de terreur agira, fera les gestes de la bataille ; les yeux viseront, le doigt appuiera sur la détente du lebel ; et cela durera, aussi longtemps qu'il sera nécessaire, malgré les balles obstinées, qui sifflent et chantent sans arrêt, et souvent frappent et s'enfoncent avec un horrible petit bruit mat qui fait tourner la tête, de force, et qui semble dire : "Tiens, regarde !" Et ils regarderont... Et ils auront peur dans toute leur chair. Ils auront peur, c'est certain, c'est fatal ; mais ayant peur, ils resteront..."
(4e de couverture)

La critique du journal "Le Monde" du 3 avril 1998

L'horreur et rien d'autre.
La Grande Guerre fut une sale histoire, occultée. Journaux intimes, carnets de route, récits, essais, romans, correspondances : tous les témoignages sur l'horreur de ces années 14-18 constituent aujourd'hui des documents, des pièces d'Histoire, des archives. D'autant plus précieux qu'ils furent hier soumis aux contrôles des autorités et à la censure patriotique, suspects de nuire à la défense nationale et au moral des concitoyens. Puis oubliés. D'abord édulcorés, amputés (ce fut le cas de Sous Verdun et Nuits de guerre dont la censure coupa une dizaine de pages lors de leur première édition), avant d'être condamnés à l'indifférence.
Les textes de Maurice Genevoix sur la surhumaine aventure des abattoirs et des tranchées furent retouchés dès 1920, recomposés par ses soins en 1949, et ignorés depuis. Sur la même tragédie, qui lit aujourd'hui La Peur, où Gabriel Chevallier voulait signifier que l'exceptionnelle proportion d'héroïsme surgie de l'orage des armes ne rachetait pas l'immensité du mal perpétré ces années-là, et Capitaine Conan, de Roger Vercel (dont Bertrand Tavernier a tiré un film dantesque), violente dénonciation des appétits de marches triomphales et des fusillades, tortures, calvaires, boucheries ?
Qui, donc, a lu le Genevoix de Verdun, des batailles de Marne et de Meuse, celui dont l'archiviste des récits de guerre Jean Norton Cru affirme qu'il nous donne ce qui manqua à Barbusse et Dorgelès : "la grande vérité psychologique, la réaction naturelle du soldat au contact de la bataille". Celui qui, avant les imprécations contre la guerre et les styles apocalyptiques, eut d'abord le souci de transmettre la fraternité, sa confiance renouvelée en l'homme, et préféra ces petites phrases sans flonflons : "Tout est insignifiant, n'existe plus : le monde est vide."
On dit (Norton Cru dit) que l'honnêteté de Maurice Genevoix, économe d'effets, sur ce qu'on fit subir aux jeunes hommes de ce temps-là, (cette morale qui, selon Roger Vercel, lui "impose une servilité délibérée envers les fait" et lui interdit "de rien romancer"), lui coûta le Goncourt. Genevoix, on le sait, décrochera le fameux prix en 1925 pour Raboliot, mais quelque chose manque à celui qui goûterait le chantre écologiste de la forêt, de l'échange d'âme avec la nature, et qui n'aurait pas relié cet amour des sentiers et de la solitude à l'abominable expérience qui fit de lui un témoin de la panique des hommes.
"Je viens de traverser des moments d'angoisse et de souffrance épouvantables", écrit-il. Jacques de Bourbon-Busset, qui occupe son fauteuil à l'Académie française, rendit hommage lors de son discours de récipiendaire à celui qui, toute sa vie, fut obsédé par les visages mutilés, les corps ouverts de ses compagnons : "Il ne cessera d'entendre les plaintes, les appels au secours des blessés abandonnés, il verra couler les larmes de ceux qui pleurent en silence sur leur propre mort."
Genevoix, qui entendit ses hommes (il était sous-lieutenant) pleurer des nuits entières avec des voix d'enfants, le supplier "de leur prêter un revolver si je ne voulais pas les achever moi-même", fut un Lazare, au lendemain de la guerre. "Dès qu'un homme a réellement réalisé qu'il était mortel, que l'existence était une espèce de grâce, il contemple le monde avec des yeux nouveaux. C'est la présence de la mort qui donne leur beauté aux choses". Emerveillé d'être vivant, il raconte dans La Mort de près ses rencontres avec la camarde, et le regard de ce moribond qui lui désigna la tranchée à ne pas emprunter pour échapper au massacre. Lorsque ce mourant comprit que le message était reçu, "l'angoisse disparut de ses yeux, et fit place à une lumière que je ne devais jamais oublier.

Jean-Luc Douin.

Dans l'édition "Omnibus", en contrepoint à "Ceux de 14", deux romans "Jeanne Robelin" et "La Joie" et aussi une réflexion sur la mort "La Mort de près".
La longue et remarquable préface "Du témoignage à l'Histoire" est signée par Jean-Jacques Becker. En annexes, sont proposées la préface de l'édition originale de "Sous Verdun" (1916) par Ernest Lavisse et un extrait de "Témoins" (1929) de Jean Norton Cru à propos de Maurice Genevoix.

Francis Deleu.

 

Editeur : Omnibus
Date edition : 1998
ISBN ou ref : 2-258-04921
Support : livre
Genre : récit ou roman
Période concernée : de 1870 à 1939
Région concernée : Ouest Europe

Proposé par Francis Deleu le vendredi 11 novembre 2005 à 12h47

Dernière contribution le dimanche 13 novembre 2005 à 23h49

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