Bonsoir ou bonjour,
Comme nous avons déjà assez longuement évoqué le projet "Devenir de Gaulle" dans le débat consacré à Charles de Gaulle lié à la bio que lui a consacrée Eric Roussel, je vous épargnerai des redites fastidieuses.
Je citerai Jean-Luc Barré lui-même qui expose ce qui l'a motivé à ajouter sa pierre à l'édifice déjà imposant de l'historiographie gaullienne :
"Sans doute ne me serais-je jamais risqué à affronter un tel sujet - monumental, vertigineux à tous égards - s'il ne m'était apparu que, loin d'être épuisé en réalité, il offre encore aux historiens un champs d'investigations considérable.(...) Pourquoi faudrait-il considérer au demeurant qu'une figure historique d'une telle dimension ait livré tous ses secrets moins d'un demi-siècle après sa disparition ? Ce serait sous-estimer la propension du personnage à s'envelopper de ruses et de mystère - selon l'une de ses formules favorites - et son attitude à brouiller les pistes."(avant-propos)
En ayant accès aux archives (énormes) mises à sa disposition par Philippe de Gaulle, J.-L. Barré a pu travailler sur le matériau gaullien par excellence : les mots écrits (et manuscrits). En partant des "Mémoires de Guerre" qui sont une évocation hautement symbolique du gaullisme de guerre, l'auteur a voulu retrouver les étapes successives de l'inlassable travail de réécriture du Connétable. Consultant les différentes versions manuscrites des "Mémoires" avec leurs rajouts et surtout leurs fragments retirés, mais également la masse de notes, mémos et rapports adressés au général par ses collaborateurs à Londres puis à Alger à chacun des moments cruciaux de l'épopée de la France libre, Barré nous propose une histoire du gaullisme entre 1939 et fin 1943 par les textes.
Voici une étude pertinente servie par un style clair et agréable qui propose une nouvelle lecture de la constitution du gaullisme de guerre. La longue marche de la France combattante qui aboutit à l'élimination de l'influence giraudiste en novembre 1943 à Alger est rapportée à travers les mots laissés par ceux qui l'ont faite, des mots que l'auteur confronte en permanence aux réalités historiques décrites par les chercheurs qui l'ont précédé.
Cordialement,
René Claude