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L'impardonnable défaite

Claude Quétel

Livre paru en janvier 2010 aux éditions Lattès.

Le propos est bien informé, les erreurs assez rares (une, classique, se retrouve encore dans de nombreux livres, les 100 000 morts militaires français de la campagne -l'estimation actuelle tournant autour de 60 000; une autre plus étonnante : la coutume anglaise aurait interdit au premier ministre de détenir un portefeuille : et Churchill, alors, ministre de la Défense en même temps que premier ministre jusqu'à la fin de la guerre ?).

C'est plutôt la vision d'ensemble qui pose problème, et ce dès le titre. On est dans le pamphlet approximatif, plus que dans l'étude historique réfléchie. Le déroulement des chapitres est à l'avenant : une litanie de causes de défaite, c'est-à-dire de points faibles, plutôt qu'un processus articulé dans un plan chronologique. Le meccano est démonté, les pièces restent à assembler. Et les points forts, loin d'être mesurés aux faibles pour discerner ce qui les a empêchés de prévaloir, ont été à peu près oubliés dans la livraison.

De ce point de vue, on peut observer une régression par rapport aux progrès, très relatifs, des études de 2000 (ou des années immédiatement antérieures) sur "l'étrange victoire allemande". Martin Alexander, auteur du premier livre universitaire sur Gamelin, l'avait montré moins passif et encroûté qu'on ne croyait. Il avait, en particulier, tiré des leçons de la campagne de Pologne. Et Quétel de trancher abruptement : "que serait-ce si on n'en avait pas tiré!".

Ces leçons, en fait, ont amené à développer les divisions blindées... mais insuffisamment vite, car on avait estimé également que les plaines polonaises se prêtaient mieux à leurs évolutions que les théâtres étroits laissés à la bataille par la ligne Maginot. Une conclusion solide... si Hitler n'avait pas été Hitler et n'avait pas tout joué, précisément, sur la concentration de ses divisions blindées dans le théâtre peu propice des Ardennes, puis dans un étroit couloir de terrain plat.

Le conservatisme militaire, donc, était relatif et, de ce point de vue, il serait temps d'en finir (ce que fait cette année, mieux que tous pour l'instant, Jean-Philippe Immarigeon-> ) avec la propagande gaulliste de guerre (qui accentue au maximum le contraste, au sens photographique du terme, entre le conservatisme du haut commandement et les vues prophétiques du colonel incompris). Ce qui était absolu en revanche dans la haute direction française, tant politique que militaire, c'était la cécité aux manoeuvres de Hitler.

Il y a pourtant un chapitre (5) traitant partiellement de la politique de l'Allemagne nazie, et un autre (8) consacré à son armée. Mais l'analyse reste désespérément classique : le nazisme est réduit à son agressivité -ce qui est tout de même un progrès par rapport aux aberrations fonctionnalistes qui depuis des décennies avaient fait de la guerre, dans une majorité d'analyses universitaires, un "processus" découlant la balourdise des nazis plutôt qu'un projet méthodique poursuivi nuit et jour depuis la prise du pouvoir : cela, Quétel l'a bien compris et l'expose à loisir, en insistant aussi bien sur le rôle mobilisateur de la Hitlerjugend que sur celui du cinéma de Leni Riefenstahl.

Mais rien ou presque n'est dit de l'habileté des dirigeants, et notamment du premier d'entre eux, pour dissimuler le plus longtemps possible ladite agressivité, ou autoriser des pans entiers de l'opinion mondiale à en douter, ou encore faire accroire qu'elle était moins redoutable que celles d'autres pays ou tendances. Il y a cependant des pages nombreuses, bien senties et relativement novatrices consacrées au rôle de l'anticommunisme... mais il apparaît seulement comme un agent qui mine les forces de résistance en France : rien n'est dit de la propension du Reich à tirer parti de cet anticommunisme, tant pour empêcher le Front populaire d'impulser une union nationale contre Hitler que pour semer la zizanie, au moyen de son pacte avec Staline, pendant la drôle de guerre.

De même, on trouve de nombreuses mentions de l'épouvantail d'un fascisme français qui, à partir du 6 février 1934, aurait induit la gauche à jeter sur la droite un opprobre immérité, et détourné les regards du fascisme étranger. Or l'argument se retourne : Hitler n'excellait-il pas justement à draper sa violence spécifique, contre les Juifs mais aussi contre la France, sous les oripeaux d'un "fascisme européen" censé être un simple mode (ainsi qu'une mode !) de gouvernement ?

En d'autres termes : il est utile, même si c'était assez connu, de rappeler le rôle des luttes politiques et sociales internes dans la défaite -et surtout, sans doute, dans son acceptation, dans l'absence d'un sursaut patriotique une fois l'échec en vue. En revanche, le fait que Hitler agissait en prenant ce facteur en compte, et en le favorisant lui-même avec un grand doigté, reste insoupçonné.

Dans les pages conclusives, on apprend que Daladier et Reynaud "ne s'appelaient pas Churchill, et [que] de toute façon la France ne pouvait ni produire ni accepter un tel chef, pas plus qu'elle ne voulait de la guerre". Voilà un magnifique condensé des faiblesses d'un propos entièrement fataliste, et ignorant du paradoxe que constituait, en Angleterre même, aussi bien le surgissement d'un tel chef que son maintien en selle.

 

Editeur : Lattès
Date edition : 2010
Support : livre
Genre : étude historique
Période concernée : de 1939 à 1945
Région concernée : Ouest Europe

Proposé par françois delpla le lundi 10 mai 2010 à 17h19

Dernière contribution le mercredi 12 mai 2010 à 12h09

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