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Cinquante idées reçues sur la Shoah - Tome I / Marc-André Charguéraud

 

1940 octobre - L’accueil indigne en France de 7 500 Juifs expulsés d’Allemagne. de Francis Deleu le dimanche 05 mai 2019 à 21h53

Bonsoir,

Comme chaque mois, Marc-André Charguéraud nous confie un article qui nous éclaire sur un aspect peu connu du sort réservé aux Juifs avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
*************************
1940 octobre - L’accueil indigne en France de 7 500 Juifs expulsés d’Allemagne.
Un contexte qui doit être examiné.
En octobre 1940, 7 650 Juifs allemands sont expulsés du Palatinat et du Pays de Bade.[1] Par la ruse et la force ils sont littéralement refoulés à travers la frontière menant de l’Allemagne à la zone libre. Plus de sept trains forcent le passage. 6 538 Juifs sont dirigés vers le camp de Gurs. Pendant l’hiver 1940-1941, 12.5% soit 820 d’entre eux meurent. Ils reposent au cimetière de Gurs.[2]

« Un véritable attentat perpétré contre la vieillesse badoise », écrit en 1961 Eugen Netter, un des médecins du camp.[3] Un crime nazi sûrement. Une faute majeure française, oui : le camp de Gurs n’aurait jamais dû recevoir une population aussi fragile, même si les conditions y avaient été meilleures. Elle n’y avait en aucun cas sa place. C’est ainsi que Gurs est devenu la représentation type des « Camps de la honte ».[4]

Le jugement est juste mais sévère. Il faut tenir compte du contexte. Les expulsés appartiennent à ce que l’on appelle « une population vulnérable ». Les Nazis ont vidé de leurs Juifs les hospices, les asiles, les hôpitaux, les maternités, les refuges... Dysenterie, typhoïde, gastro-entérite, oedème de carence, effets de la vermine et de la saleté sont les maladies fatales qui ont conduit ces Badois à la mort. [5] Elles furent souvent la conséquence d’organismes affaiblis et du désarroi moral. Une personne âgée, malade arrachée à son environnement, plongée dans la détresse psychologique, dans la déchéance physique, sans espoir, ne lutte plus. La bataille est perdue. La personne est condamnée.

On remarquera que dans les mêmes conditions d’internement déplorables de Gurs, une population jeune pouvait survivre. L’exemple nous est donné par les 3 870 Juifs allemands, autrichiens et apatrides qui sont arrivés à Gurs de Saint Cyprien dévasté par une tempête fin octobre 1940. Ils avaient entre 20 et 59 ans. Pendant l’hiver 1940-41 leur mortalité ne dépasse pas 2,2% soit 85 personnes. [6]

Il aurait fallu envoyer les déshérités badois dans des institutions semblables à celles dont les Allemands les avaient arrachés : hospices, asiles, hôpitaux, maternités, refuges... Ce n’était pas concevable dans une zone libre submergée par plus d’un million de réfugiés. [7] Son système hospitalier et d’assistance sociale est déjà débordé. La France est en pleine confusion.

Les associations humanitaires sont rapidement intervenues : la CIMADE, le Secours Quaker, le Secours suisse. « Elles ont permis à des milliers d’internés de ne pas mourir de faim et de froid, elles les ont soutenus moralement. » [8] Plus lente à pallier les insuffisances tragiques de Gurs, l’administration transfère, en mars 1941,1 750 Badois vers les camps-hôpitaux de Récébédo et de Noé. [9] Il faut attendre le printemps 1941 pour que le préfet André Jean-Faure soit nommé inspecteur général des camps. Son rapport confirme les critiques sur la gestion dramatiquement inadéquate des camps et quelques mesures sont prises. [10] Mais toutes ces mesures ne sont dans l’environnement de Gurs et d’autres camps que des solutions palliatives.

Vichy n’a pas les moyens de recevoir les centaines de milliers de Juifs dont l’Allemagne a décidé de se débarrasser. Le temps de la « liquidation » n’est pas encore arrivé.

Selon les plans du Reich, les 7 500 Juifs rhénans ne doivent être que l’avant-garde de 270 000 Juifs que les nazis veulent chasser du Reich et du protectorat de Bohême-Moravie pour rendre ces régions « Judenrein », « exemptes de tout Juif ». [11] La France, selon l’expression d’un historien, devait servir de « dépotoir » à l’Allemagne. [12] Ce sont les protestations vigoureuses du représentant français auprès de la Commission d’armistice qui ont évité un tel déferlement. La France dans le désarroi était incapable de faire face seule. Pour ces centaines de milliers de malheureux, la France aurait pu servir de terre de transit. Mais il aurait fallu que les Etats-Unis prennent le relais et leur ouvrent généreusement ses portes.

Gaston Henry-Haye, l’ambassadeur de France à Washington, est intervenu pour que le nombre de réfugiés accepté aux Etats-Unis soit augmenté. A ses appels à l’aide, la réponse de Robert Pelle du State Department est navrante. Pour lui, les Etats-Unis doivent appliquer fermement leur politique de refus des réfugiés étant donné les efforts de l’Allemagne pour déverser de plus en plus de Juifs à l’Ouest. Toute faiblesse résulterait dans l’envoi par l’Allemagne d’un plus grand nombre de réfugiés. Et Pelle prédit que « les Français se retrouveraient non pas avec 10 000 mais avec peut-être 100 000 réfugiés déversés sur leur territoire. » [13] Les Etats-Unis, toujours prompts à brandir les principes moraux, ont refusé de s’engager dans des opérations d’immigration d’envergure. La France vaincue et l’Amérique toujours neutre n’ont-elles pas laissé passer une dernière chance de sauver plusieurs dizaines de milliers de Juifs du Reich ?

Ce même mois d’octobre 1940 les Allemands procédaient à une autre expulsion nettement plus importante dont on parle peu. Après leur annexion de l’Alsace-Lorraine, les autorités allemandes ont expulsé 22 000 Juifs. [14] Une opération musclée. Autorisés à emporter une valise et 5 000 francs, ces Juifs sont « déversés en rase campagne » en zone libre. [15] Les protestations du gouvernement français contre ces mesures contraires à l’armistice sont ignorées. [16] Il est vrai qu’il s’agissait d’une population homogène et qui étant française pouvait plus facilement s’intégrer.

Bien que ce n’ait pas été le but poursuivi par les Nazis, ces expulsions ont été pour certains une chance de survivre. [17] Restés sur place, ils étaient sûrs d’être déportés vers la mort.

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2019. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

[1] Gobitz 1996, p. 62. 6 538 Badois au camp de Gurs et 1 125 Sarrois et Palatins au camp de Rivesaltes.
[2] Kaspi 1991, p. 140.
[3] Cité in Laharie 1993, p. 195.
[4] Titre du livre de Anne Grynberg.
[5] Kaspi 1991, p. 140.
[6] Badia 1979, p. 273. Laharie 1993, p. 196 et 197.
[7] Amouroux 1977, p. 162. En octobre 1940, un million d’habitants évacués n’avaient pas encore regagné leur domicile.
[8] Grynberg 1991, p. 13.
[9] Laharie in Cohen et Malo 1994, p. 112. Pas vraiment des hôpitaux, mais au moins des constructions en dur sur des terrains sains.
[10] Lazare 1987, p. 107. Conditions de vie inhumaines, surpopulation, sous-équipement, rations alimentaires de famine, taux de mortalité élevé par suite de misère psychologique, dysenterie, typhoïde.
[11] Klarsfeld in Cohen 1974, p. 135.
[12] Hirschfeld 1989, p. 12.
[13] Cité in Caron 1999, p. 334 et 337. Charguéraud 2001, p. 154 et ss. donne des exemples de cette politique de refus d’accueil des réfugiés de peur d’un raz-de-marée.
[14] Klarsfeld 1983, p. 31. Cette expulsion en a sauvé la plupart. Restés en Alsace-Lorraine, ils auraient subi le sort des Juifs du Reich qui n’avaient pas émigré et furent presque tous envoyés dans les camps de la mort.
[15] Poznanski 1997, p. 51.
[16] Kapel 1986, p. 37.
[17] Rappelons que 75% des Juifs vivants en France ont survécu.

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