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Site personnel de F. Delpla, Historien 1939-45 / François Delpla

 

En finir avec la lecture au premier degré d’un brouillon de statut des Juifs de françois delpla le mercredi 21 novembre 2018 à 15h14

Lettres antérieures




En finir avec la lecture au premier degré d’un brouillon de statut des Juifs (et toute lecture sans distance critique)


n° 126
9 novembre 2018

Chers abonnés,


Voici donc, selon toute vraisemblance, la dernière lettre que vous recevrez avant l’anniversaire du premier armistice de Rethondes et la parution, le jeudi 29 novembre, du premier livre sur les rapports entre Hitler et Pétain. Elle est rédigée avec un œil surpris et accablé sur les efforts d’un président pour articuler un discours cohérent sur l’événement centenaire et les leçons à en tirer, tant pour sortir l’Europe d’une nouvelle crise que pour sauvegarder la paix dans le monde.

Un livre intitulé Hitler et Pétain se heurte à une méfiance, qui peut aller jusqu’ à un refus de lecture, de la part de maints spécialistes, appartenant à des courants très divers mais partageant le préjugé que la discipline historique a rompu définitivement, au XXème siècle, avec l’explication des décisions politiques par la volonté des dirigeants. Par bonheur, la polémique en cours met en lumière un contraste très pédagogique : la différence entre un dictateur allemand dont les lubies produisent des effets immenses, pas toujours faciles à cerner, et son tardif émule français qui, si ses idées et ses talents ont souvent favorisé, ou parfois handicapé, sa carrière, a néanmoins joué, à chaque étape, des rôles attendus, qu’aucun mystère après coup ne nimbe.

Considérons l’un des premiers appels radiophoniques du général de Gaulle, celui du 26 juin 1940, en soulignant ses derniers mots :
« On vous a fait croire, Monsieur le Maréchal, que cet armistice, demandé à des soldats par le grand soldat que vous êtes, serait honorable pour la France. Je pense que maintenant vous êtes fixé. Cet armistice est déshonorant. Les deux tiers du territoire livrés à l'occupation de l'ennemi et de quel ennemi ! Notre armée démobilisée. Nos officiers et nos soldats prisonniers maintenus en captivité. Notre flotte, nos avions, nos chars, nos armes, à livrer intacts, pour que l'adversaire puisse s'en servir contre nos propres Alliés. La Patrie, le Gouvernement, vous-même, réduits à la servitude. Ah ! pour obtenir et pour accepter un pareil acte d'asservissement, on n'avait pas besoin de vous, Monsieur le Maréchal, on n'avait pas besoin du vainqueur de Verdun; N’IMPORTE QUI AURAIT SUFFI. »

Il ne manquait pas, en effet, de Français résignés qui se seraient fait un devoir de signer un armistice dans la rédaction duquel leur personnalité n’aurait pas eu la moindre part, pas plus que n’en a eu celle de Pétain. Car il s’agissait d’un texte hitlérien, c’est à dire soit rédigé entièrement par Hitler -comme on sait depuis peu que Mein Kampf l’avait été-, soit écrit selon ses directives et relu de près par lui. Car il couronnait non seulement une bataille qu’il avait planifiée et dirigée à la tête d’un groupe de généraux mis au pas, mais une vingtaine d’années de spéculations et d’actions politiques tendant à faire appel du verdict de 1918, au détriment de la France principalement, avant que ne vienne le tour de la Russie.

Si donc la personne de Pétain, en l’affaire, compte peu, elle est en revanche une aubaine pour l’Allemagne dans la période suivante, où il s’agit de faire avaler aux Français les pilules de plus en plus amères des conséquences de ce texte. Il n’en va pas du tout de même de la personne de Hitler. Entre 1871 et 1914, il avait fallu plus de deux générations pour que la France osât tenter une revanche. Pour faire mûrir en deux décennies un événement analogue après un désastre plus complet encore, il avait fallu que l’Allemagne fût dirigée par un mage inspiré, volontaire, tendu vers ce but et apte à le cacher, comme à mettre, au moins un peu, l’adversaire dans son tort en créant chez ses compatriotes le sentiment d’un encerclement, voire d’une agression.

Le maréchal déchu et frappé d’indignité nationale en 1945 supporte à juste titre l’opprobre d’avoir été à la tête du pays lors de cette signature, et d’en avoir assumé les conséquences par des décisions, comme dirait l’actuel président, funestes, mais il subit, depuis la Libération et plus encore depuis quarante-huit heures, au moment où ces lignes sont écrites, un certain nombre d’avanies inutiles et injustes.

On en fait à tort un responsable majeur de la défaite, puis un exécutant zélé des ordres criminels de l’occupant. Dans les deux cas, il n’était qu’un parmi bien d’autres, et non le plus puissant. Dans une république, le pouvoir n’est pas militaire mais civil, au moins en temps de paix. Dans une situation d’occupation, l’ennemi est le maître... et en l’occurrence, comme dit de Gaulle, quel ennemi ! De 1933 à 1940, c’est l’ensemble des élites françaises qui omet de lire Mein Kampf ou tout au moins de prendre la mesure des menaces, on ne peut plus précises, du grand pays voisin contre le leur. Ensuite, la défaite acceptée amène le pouvoir fantoche de Vichy à des “choix funestes” dans une recherche quotidienne du moindre mal, sous la pression d’un ennemi qui multiplie les chantages tout en faisant miroiter une “collaboration” qui allégerait son joug, mais qu’il dérobe sans cesse.

Un bon symbole des avanies indûment subies par Pétain réside dans le brouillon de statut des Juifs annoté de sa main, théâtralement produit par Serge Klarsfeld le 3 octobre 2010. Le fait que le crayon du maréchal ait aggravé certaines mesures de la version dactylographiée qui lui était soumise le fait passer depuis lors, et notamment ces derniers jours, pour un élément moteur de la politique antisémite de Vichy, voire le plus impitoyable de la bande.

Or rien d’autre dans sa carrière n’étaye un jugement aussi extrême et c’est une règle bien connue des historiens qu’un document unique est à manier avec précaution. J’en propose dans mon livre à paraître une interprétation contextualisée, qui débouche sur d’autres conclusions.

Le dernier psychodrame en date du macronisme, après le scandale soulevé chez les connaisseurs par une étrange anti-biographie de Hitler qui fait l’objet de mon dernier éditorial, est de nature à faire progresser la conscience que certains individus sont plus influents que d’autres sur le cours de l’histoire.

Autant la marge d’initiative de Pétain a été surestimée, autant le poids personnel de Hitler a été exagérément minoré. Il le reste encore sous bien des plumes.


Frémainville, le 9 novembre 2018




PS.- Mon livre, dont la couverture et sa quatrième ornent la page d’accueil du site, sera en librairie jeudi 29 novembre. Les impatients peuvent me commander des « bonnes feuilles » sur les sujets qui les intéressent, je les satisferai au cours du week-end.

PS 2.- Parmi les nouveautés du site, quelques nouvelles perles , un article d’André Charguéraud sur le boycott des commerces juifs le 1er avril 1933 , et un nouveau florilège de mes contributions sur le « mur » d’ISSN .

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