Un même évènement, deux styles - Le procès de Nuremberg - forum "Livres de guerre"
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Le procès de Nuremberg / Joe Heydecker et Johannes Leeb

 

Un même évènement, deux styles de Francis Deleu le dimanche 27 janvier 2008 à 22h41

Bonsoir,

Les livres des historiens "d'aujourd'hui" vous tombent des mains si on n'est pas armé d'un bloc-notes et d'un intérêt soutenu pour le sujet traité. Ah ! La belle époque de la collection bleue au style narratif qui guida les premiers pas des futurs passionnés d'Histoire ou d'histoires.... c'est selon.
En cette fin de week-end et pour le plaisir, reproduisons la relation d'un même évènement par Heydecker et Leeb d'une part et par Annette Wieviorka d'autre part.
Churchill, Roosevelt et Staline sont réunis à Téhéran.

Le récit de Heydecker et Leeb (pour ne pas faire trop long, les préliminaires et les motifs de la conférence n'ont pas été reproduits) :
Depuis la conférence de Téhéran, en novembre 1943, les Occidentaux connaissent les idées de Staline à ce sujet. Le maître tout-puissant de l'Union soviétique n'en fait point un secret. Il annonce ses intentions au cours d'un dîner qu'il offre à ses chers amis Churchill et Roosevelt. Un dîner à la russe : sans cesse, l'un ou l'autre des convives porte un toast sur ceci ou cela - le beau temps qu'on espère pour le lendemain, ou les livraisons de matériel de guerre. Chaque fois tout le monde se lève et, solennellement, boit une gorgée de champagne de Crimée ou de vodka. (Seul Churchill s'en tient obstinément au brandy.)
Ce soir-là, on en est au vingtième toast, pour le moins. Le repas touche à sa fin. Jusqu'à pré­sent, pas la moindre fausse note: Stalingrad et El Alamein ayant manifestement sonné le glas de la puissance hitlérienne, une joyeuse unanimité règne autour de la table. Mais voilà que Staline apporte une dissonance soudaine dans cette belle harmonie.
- Je propose de boire à une justice aussi expéditive que possible pour les criminels de guerre allemands. Buvons à la justice du peloton d'exé­cution...
Il s'interrompt comme pour goûter le silence de plomb provoqué par ses paroles. Puis, martelant chaque syllabe, il poursuit :
- Je bois à notre résolution de les liquider dès leur capture. Tous, sans exception. Il y en aura quelque cinquante mille...
Un bruit de chute fait sursauter tout le monde. C'est la chaise de Churchill qui s'est renversée. Le vieux lutteur s'est dressé d'uni bond, avec une ra­pidité surprenante chez un homme aussi corpu­lent, aussi flegmatique.
- De tels procédés, s'écrie-t-il, écarlate, seraient en contradiction formelle avec les conceptions que nous autres Britanniques avons du Droit et de la Justice! La Grande-Bretagne ne se prêtera jamais à l'accomplissement d'un assassinat collectif. Ja­mais !
« Staline a l'air de bien s'amuser, note Elliot Roosevelt, fils du président des U.S.A. et son ad­joint-secrétaire-biographe. Impassible en appa­rence, il répond d'un ton courtois, tout en nous adressant des clins d'oeil complices. »
Churchill lui-même, dans ses Mémoires, rap­porte l'incident dans tous ses détails.
« Staline estimait qu'il fallait d'abord liquider le grand état-major des Allemands. D'après lui, « la puissance de frappe » des armées hitlérien­nes dépendait essentiellement de quelque cin­quante mille officiers et experts. Leur exécution détruirait la capacité militaire allemande pour des générations.
« Je répliquai que ni le Parlement britannique ni notre opinion publique n'accepteraient des exé­cutions sommaires. Les Russes commettraient une lourde erreur en sous-estimant notre fermeté sur ce point. Et comme Staline insistait sur la néces­sité de fusiller au moins cinquante mille hommes, je déclarai, d'un ton glacial, qu'à mon sens, l'exé­cution sommaire était inadmissible. Tout homme, nazi ou non, devait être jugé régulièrement, c'est­-à-dire en tenant compte des faits et preuves éta­blis. »
Staline secoue la tête. Alors, Churchill, d'une voix tremblante, lance sa phrase célèbre :
- Je préfère qu'on me conduise sur-le-champ dans le jardin pour m'abattre, plutôt que de lais­ser souiller mon honneur et celui de mon pays par une telle abomination.
Roosevelt n'est pas encore intervenu dans la dis­cussion. Comme Staline se tourne vers lui, il es­saie de détendre l'atmosphère par une boutade :
- Je me rends compte qu'il faudra trouver un compromis. Nous pourrions peut-être renoncer au chiffre de cinquante mille hommes à fusiller pour nous mettre d'accord sur, disons, quarante-neuf mille cinq cents.
Russes et Américains éclatent de rire. Les Bri­tanniques se taisent. Eden cherche le regard de Churchill et lui fait un signe d'apaisement. Mais le Premier Anglais est incapable de se calmer. Il quitte la table pour s'isoler dans une pièce voi­sine. Planté devant la fenêtre, la tête rentrée dans ses épaules massives, il contemple le jardin noc­turne. Mais à peine une minute plus tard, Staline et Molotov viennent le chercher, en affirmant qu'ils ont simplement voulu plaisanter. A vrai dire, Churchill ne les croit qu'à moitié; cependant, il accepte de retourner dans la salle.
La relation de la conférence par Annnette Wieviorka :
Du 28 novembre au 2 décembre 1943, une conférence se tient à Téhéran où, pour la première fois dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, Roosevelt, Staline et Churchill se rencontrent. Les discussions politiques portent sur trois points: la création d'une Organisation des Nations unies, les futures frontières de la Pologne, le sort de l'Allemagne. Pour Staline, la fin de la guerre ne doit pas se conclure par un armistice, mais par la reddition sans conditions de l'Allemagne. Pourtant, alors que la question des crimes de guerre ne figure pas à l'ordre du jour de la conférence, lors d'un dîner se tient un curieux échange. Au cours d'un long discours, accompagnant un toast, Staline déclare que 50000 officiers allemands doivent être passés par les armes. Churchill prend les paroles de Staline au pied de la lettre et déclare que ni lui ni l'opinion publique britannique ne sauraient tolé­rer des exécutions de masse d'officiers. Charles Bohlen, l'interprète de Roosevelt, le seul Américain russophone présent lors de cet échange, pense que Staline plaisante alors à demi, que son sourire sar­donique et le geste qu'il fait de la main montrent davantage un désir de se moquer de Churchill, de le provoquer, qu'une indication réelle sur ses inten­tions. Pourtant, les témoins qui firent le récit de cet échange, Churchill en tête dans ses Mémoires, pren­nent tout à fait au sérieux les propos de Staline. Ce qui choque Churchill, ce n'est pas tant l'idée d'une exécution sommaire - il en est partisan - que son caractère massif et la qualité de ceux dont Staline souhaite la mort sommaire: des officiers.
Où est la différence si ce n'est dans le style ?

Bien cordialement,
Francis.

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