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La Chute de Berlin / Antony BEEVOR (trad. de l'anglais par Jean Bourdier)

En réponse à -2
-1Dans la pratique je ne vois pas bien de Jacques Ghémard

Et pourtant, ça tourne... de Nicolas Bernard le jeudi 28 octobre 2004 à 00h55

> Qu'hitler ait été comédien et en ait joué, ok, mais pour
> ce dernier spectacle, pour quel public pouvait-il jouer ?
> Comment les décideurs alliés auraient-ils vu la pièce ?
> Je ne pense pas qu'il y avait à cette époque des caméras
> espion directement raccordées au computer d'Eisenhower et
> donc je ne comprends pas très bien par quels relais sa
> comédie aurait pu atteindre son but. Y a t'il dans les
> jours qui suivent, des mentions de cette colère du coté
> allié ?

Hitler s'arrange pour que les Alliés aient parfaitement les moyens de le découvrir. D'abord, l'exécution de Fegelein est rendue publique - et quand bien même les Occidentaux l'ignoreraient-ils que les Soviétiques finiront bien par l'apprendre. Ensuite, Bormann envoie des télégrammes (qu'il "corrige") qui ont toutes les chances d'être interceptés. De même, certains membres du Bunker (Hanna Reitsch, Ritter von Greim, Gerhard Boldt) quittent-ils Hitler après la "trahison himmlérienne" et avant le suicide du Chef, avec la réaction de ce dernier en tête - là encore, avec toutes les chances d'être interceptés. Enfin, le Testament politique est, d'une manière ou d'une autre, destiné à être rendu public.

La "colère" de Hitler (que je pense simulée) est donc étayée par ce dernier, pour les Alliés, avec tous les moyens du bord : télégrammes, témoins oculaires invités à "survivre", Testament. Cerise sur le gateau : un pigeon (Fegelein, le représentant de Himmler) est sacrifié, prétendument, dira la Propagandastaffel, pour avoir conspiré avec le Reichsführer SS.

Certes, ces éléments peuvent également trouver une explication dans l'ambiance de fin du monde régnant à l'intérieur du Bunker, où la mort cohabite avec la paranoïa et où le surréalisme devient un mode de gouvernement. Mais ils prennent un autre sens si l'on part de l'idée que Himmler n'a bougé que sur ordre (discret) de Hitler.

Si Himmler agit sans l'aval du Führer, alors seul ce dernier l'ignore, parce que le SS ne fait guère mystère de ses contacts suédois. Guderian le sait. Speer le sait. Göring le sait. Schellenberg le sait. Par ailleurs, Himmler n'est pas totalement idiot, même s'il nourrit des illusions bien naïves sur l'après-guerre : or, en se mettant ainsi en première ligne, il se retrouverait à la merci du chantage, de la part de ceux qui savent. Souvenons-nous que la monnaie d'échange de Himmler, vis-à-vis des Suédois, ce sont les déportés, dont la "libération" ne peut manquer d'attirer l'attention de Kaltenbrunner, de Müller, ou d'un obscur Gauleiter... Souvenons-nous également que les négociations avec la Suède datent d'il y a plusieurs mois. Et on voudrait me faire croire que jamais Hitler n'a été mis, d'une manière ou d'une autre, au courant ?

Cette dernière hypothèse est d'autant plus invraisemblable que les initiatives de Himmler correspondent parfaitement aux intentions de Hitler, qui, rappelons-le, est obsédé par le miracle de la Maison Brandebourg : en 1762, la mort de la Tsarine Elizabeth a sauvé la Prusse de la destruction au cours de la Guerre de Sept Ans, le nouveau Tsar prenant fait et cause pour Frédéric II contre la coalition franco-allemande. Or, une réédition de ce miracle, nombreux y croient jusque dans les derniers jours de la guerre, y compris les esprits les plus sérieux - Beevor consacre quelques très bonnes pages à ce sujet dans La chute de Berlin. Le 12 avril paraît le concrétiser, car est annoncée la mort de Roosevelt. Preuve que le Führer espère une confrontation entre les Occidentaux et les Soviétiques, confrontation qui sauverait l'Allemagne de la "judéo-mongolisation stalinienne", et qu'il a fort bien pu tenter le sort.

Un exemple : les négociations menées par le SS Karl Wolff en Italie auprès des Alliés occidentaux, qui mèneront à la reddition inconditionnelle des forces allemandes locales le 2 mai 1945. L'objectif de Wolff, qui agit sans informer tout le monde, est d'obtenir la fin de la guerre dans la péninsule pour bloquer l'avance de l'Armée rouge vers l'Europe centrale et l'Italie. On pense souvent que ce SS a agi à l'insu de Berlin, donc de Hitler, voire de Himmler et de Kaltenbrunner. Peut-être était-ce le cas au départ (février 1945) mais il n'en est pas de même lorsque Wolff rencontre Hitler le 18 avril 1945.

Car là, le Führer lui révèle qu'il sait tout, que Himmler et Kaltenbrunner lui ont vendu la mèche - ce qui prouve qu'il était très difficile d'agir dans le plus grand secret, en la matière... Wolff est-il arrêté ? Emprisonné ? Fusillé ? Non. Petite engueulade (en substance : "Pourquoi avez-vous agi sans mon accord ?") et... approbation. Wolff, tout surpris, entend le dictateur lui donner carte blanche pour obtenir un arrangement en Italie. Et il repart, avec en tête le Führerbefehl suivant : "Retournez en Italie, développez vos relations avec les Américains et voyez si vous pouvez obtenir de meilleures conditions. Ne vous pressez pas trop, car une reddition inconditionnelle sur la base de promesses aussi vagues serait déraisonnable." (faits exposés par John Toland dans Les cent derniers jours, op. cit., p. 525-527)

*** / ***

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1 Les négocitions de Wolff vues par Rahn de Jacques Ghémard 28 octo. 2004 19h33

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