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Hô Chi Minh / Pierre Brocheux

En réponse à
-1franc maconnerie, surete generale et american connection de Laurent Boussaton

Les débuts de l'engagement militaire américain au Vietnam : mise à jour bibliographique de Nicolas Bernard le dimanche 20 juin 2004 à 00h08

En ces heures où l'on en apprend davantage sur les coulisses de l'engagement militaire américain en Irak, il n'est peut-être pas inutile de revenir sur un précédent de plus en plus évoqué par les temps qui courent, à savoir le pourquoi de l'intervention militaire américaine au Vietnam dans les années 1960, et en particulier le rôle trouble joué par le Président Kennedy.

On sait que dès l'indépendance du Sud-Vietnam en 1954, les Américains avaient défendu le régime venu au pouvoir sous l'autorité du Président Diem, lequel, peu au fait des réalités de son pays, allait vite sombrer dans l'impopularité (de même que sa dynastie qui occupait les postes-clefs). Le Nord-Vietnam, pour sa part, lança son oeuvre de déstabilisation en 1959, en créant et finançant le Vietcong, Front de Libération nationale du Sud-Vietnam. L'incapacité diemiste à circonscrire cette guérilla poussa les Etats-Unis à envoyer des conseillers et des armes pour soutenir l'armée sud-vietnamienne - quelques centaines de Conseillers sous l'ère Eisenhower, quelques milliers sous l'ère Kennedy (et quelques centaines de milliers sous l'ère Johnson...) - outre des milliards de dollars censés constituer une perfusion économique.

Mais le régime diémiste fut toujours aussi incapable de remporter la guerre, le Nord Vietnam semblait bien parti pour l'emporter, et Diem lui-même se déconsidéra auprès de l'opinion publique américaine lors de la fameuse "crise bouddhiste" de l'été 1963 qui se traduisit notamment par des immolations par le feu de la part de certains prêtres zen... devant les photographes et caméramen occidentaux. L'administration américaine, pour sa part, nourrie de statistiques et de chimères, voulait préserver le Sud-Vietnam du communisme, mais était de moins en moins tentée par Diem - ce qui la poussa à lâcher ce dernier, et donc à son assassinat par des putschistes militaires le 1er novembre 1963. Kennedy fut assassiné à son tour le 22 novembre dans des circonstances jamais élucidées. Le gouvernement de son successeur Lyndon Johnson accrut par la suite dans des proportions titanesques l'engagement militaire américain dans la région. On connaît la suite.

Il a été soutenu, et notamment Oliver Stone dans le film "JFK", que Kennedy voulait se retirer du Vietnam, bien qu'y ayant envoyé plusieurs milliers de "conseillers militaires". Ayant réalisé que la situation était sans issue, et peu désireux de se lancer dans une nouvelle aventure en Asie (après le bourbier coréen et la défaite indochinoise de la France) en y dépêchant l'armée, Kennedy aurait programmé, vers la fin de 1963, le retrait des conseillers en vue de pousser le régime sud-vietnamien du Président Diem à se défendre par ses propres soldats (pourvus, évidemment, d'un armement américain). C'est au demeurant ce calcul que retiendra Richard Nixon dès 1969, sous le terme de "vietnamisation" du conflit.

Cette thèse favorable à Kennedy a notamment été défendue par John Newman dans un ouvrage bénéficiant des récentes levées d'archives, "JFK and Vietnam. Deception, Intrigue,and the Struggle for Power", Warner Books, 1992. Selon Newman, Kennedy aurait été victime d'une cabale montée par certains de ses conseillers politiques et militaires, qui auraient volontairement cherché à lui dissimuler les réalités locales afin de le pousser à renforcer la présence armée US. Mais le Président aurait fini par comprendre... et initier le retrait des conseillers (un millier pour Noël 1963). Sa mort et l'avénement au pouvoir d'un Johnson plus malléable anéantirent tout espoir de retrait.

D'un autre côté, les détracteurs de Kennedy le dépeignent sous les traits du Cold Warrior, obsédé par l'idée de "contenir" le communisme et de sauver un régime dont il entretenait des rapports anciens d'amitié avec son dirigeant, depuis les années 50. Le retrait du millier de conseillers pour Noël 1963 était sur le point d'être annulé. Johnson étant parti en guerre avec l'appui de la quasi-totalité des conseillers de son prédécesseur, on voit mal pourquoi ce dernier, en vertu de son inexpérience, aurait agi autrement.

De récents ouvrages sont venus relativiser ces points de vue. De sorte que la stratégie de Kennedy paraît infiniment plus tordue que ne le pensent ses détracteurs, lesquels le dépeignent abusivement sous les traits de l'abominable anticommuniste, un portrait qui ne tient compte ni du contexte de l'époque (intérieur, diplomatique), ni de sa personnalité, ni de son opportunisme et de ses capacités d'adaptation.

Deux ouvrages majeurs parus récemment ont apporté des précisions décisives sur la politique de Kennedy au Vietnam (1), l'un plutôt favorable au Président (et convaincant, de surcroît), de David Kaiser, "American Tragedy. Kennedy, Johnson and the origins of the American War", Belknap Press Press of University of Harvard Press, 2000, et l'autre tout aussi passionnant, de Fredrik Logevall, "Choosing War. The lost chance for peace and the escalation of war in Vietnam", University of California Press, 1999, qui insiste sur une analyse plus globale (affaires étrangères et intérieures).

Kennedy n'était pas un chaud partisan d'une intervention massive au Vietnam : il se souvenait du précédent coréen et n'ignorait pas que le régime sud-vietnamien n'avait pas reçu d'appui populaire, ce qui l'amènera d'ailleurs à appuyer plus ou moins le putsch contre Diem de novembre 1963, du moins diverses manoeuvres visant à le renverser - il demandera même au général Lansdale de s'en débarrasser, mais il paraît n'avoir ni prévu ni approuvé l'assassinat du dirigeant sud-vietnamien. Lansdale, pour sa part, aurait réfusé d'obéir à la "suggestion" de Kennedy par amitié pour Diem...

Une autre raison a pu pousser Kennedy à se "débarrasser" de Diem : le fait que le Sud-Vietnamien avait entamé des pourpalers de paix avec le gouvernement de Hanoi. Les communistes du Nord, pris entre deux feux pour cause d'hostilité grandissante sino-soviétique, souhaitaient apparemment normaliser leurs relations avec les "capitalistes" du Sud. Ho-Chi-Minh avait beau avoir fait condamner Diem à mort par contumace, il paraissait disposé à mettre fin à une situation qui pouvait tourner de la même manière que la guerre de Corée. Economiquement, politiquement et humainement parlant, le Vietnam du Nord n'avait pas besoin d'un conflit avec le Sud, qui se traduirait par une intervention américaine : Hanoi avait tout à gagner à conclure la paix et opter pour une politique qu'emploierait Willy Brandt dans les années 70 vis-à-vis de la RDA - une coexistence pacifique reposant sur divers accords relatifs au commerce et aux communications intervietnamiennes.

Une telle solution ne pouvait plaire à Kennedy car elle se serait traduite par un départ définitif des forces américaines présentes au Vietnam en 1964. Or, s'il me paraît avéré que JFK ne souhaitait pas s'engager de manière conséquente, il ne tenait pas non plus à ce que le retrait américain survienne l'année des élections présidentielles. L'opposition l'aurait stigmatisé - du moins le pensait-il. Le Vietnam était devenu un argument électoral : il devait même évoquer le sujet dans le discours qu'il aurait prononcé à Dallas s'il n'avait été assassiné. La théorie des dominos faisait son entrée dans l'arène politique, alors que l'importance du Vietnam pour la sécurité des Etats-Unis et du "monde libre" était dérisoire, et que Hanoi était peut-être prêt au modus vivendi.

En ce sens, il tenait à avoir la situation sous contrôle. La neutralisation du Vietnam serait son oeuvre, et pas celle de Diem : elle interviendrait à l'heure qu'il aurait choisie et pas avant. Comme il l'a déclaré à Mike Mansfield, le retrait américain surviendrait, mais après 1964. De toute évidence, JFK pensait pouvoir pousser Khrouchtchev à faire pression sur Hanoi en temps voulu. Le retrait d'un millier de conseillers prévu par la célèbre directive NSAM 263 ne portait pas atteinte, pensait-il sur la foi de rapports exagérément optimistes, au dispositif militaire US fourni au gouvernement de Saïgon : il pouvait cependant servir plusieurs objectifs. En premier lieu, faire pression sur Diem, le rappeler à l'ordre, lui faire craindre la fin d'un soutien américain s'il ne changeait pas de politique intérieure : le régime virait au totalitarisme pur et simple, ce que symbolisaient les sacrifices des bonzes qui se transformaient en combustibles vivants devant les caméras, et n'était absolument pas efficace contre le Vietcong. En second lieu, rassurer les partisans américains de la Détente... et les Soviétiques eux-mêmes, en particulier après les déclarations de McNamara de septembre 1963 par lesquelles il exposait le renforcement considérable du potentiel militaire américain dans le domaine stratégique. Enfin, montrer au monde la bonne volonté américaine et réfuter les allégations communistes selon laquelle la guerre du Vietnam était en cours d'"américanisation". Dernier élément possible : Kennedy imposait au Pentagone ses propres vues et faisait comprendre aux partisans d'un durcissement diplomatique qu'il n'entendait pas se soumettre à eux. En ce sens, le retrait des mille conseillers pouvait, comme le renversement de Diem, traduire une reprise en main par JFK de la politique vietnamienne et faciliterait ses projets de retrait futur.

Il est donc probable que Kennedy envisageait réellement un désengagement plus sérieux (mais différé) du Vietnam, qu'il comptait peut-être "neutraliser" à la manière coréenne et cubaine. Le revirement de la politique étrangère de Kennedy à l'issue de la crise des fusées est en effet, lui, indéniable. Kennedy a laissé tomber l'invasion de Cuba : rien n'indique qu'il n'aurait pas fait de même l'égard du Sud-Vietnam. Son expérience de ce point chaud de la Guerre froide interdit de penser que JFK aurait suivi la même politique vietnamienne adoptée par Johnson à contrecoeur. Kennedy avait fini par acquérir une vision du monde bien plus évoluée, bien plus vaste et bien plus lointaine que Johnson, sans vouloir rabaisser ce dernier. Un calculateur, certes, mais au nom de la "coexistence pacifique".

Johnson, lui, raisonnera également en terme de politique intérieure, ayant en tête le précédent chinois qui avait servi à McCarthy pour dévaster l'administration Truman (la chute de Tchiang Kaï-chek en 1949 ayant été mise à l'époque sur le compte d'une trahison démocrate). Il n'était cependant pas le va-t-en-guerre décrit par Oliver Stone et autres et ne souhaitait pas nuire à ses projets sociaux d'une Grande Société. Il est néanmoins vrai qu'il n'était pas disposé à lâcher le Vietnam et que son raisonnement diplomatique était plus limité que celui de Kennedy : mais ses conseillers (qui étaient ceux de Kennedy) et ses militaires le poussaient à agir pour sauver Saïgon. A ce propos, l'armée et la CIA étaient divisés sur le modus operandi : les militaires prônaient une intervention plus musclée, ce que rejetait la CIA, qui préférait s'en tenir au maintien des "conseillers" et à des opérations spéciales. Ce fut l'option militaire qui fut retenue. Les responsabilités de l'engagement militaire américain en 1964-1965 sont partagées et ne peuvent être mises sur le compte du seul Johnson.


(1) Un troisième, paru en 2003, "Death of a Generation. How the Assassinations of Diem and John F. Kennedy Prolonged the Vietnam War", d'Howard Jones (Oxford University Press), confirme que Kennedy recherchait à se retirer de ce qui prenait des allures de bourbier.

Nota. Le présent message est une version revue et corrigée de deux autres messages postés sur deux forums consacrés à l'assassinat de Kennedy.

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1 Un assassinat qui a changé L`histoire de BoomMichael 07 juil. 2011 07h06

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